1814 - 1815 : La Restauration va succéder aux grands bouleversements de la révolution et de l'Empire. On aurait pu croire que le rétablissement de la royauté s'effectuerait dans l'allégresse. Mais en fait, rien de moins triomphal que la Restauration, qui donne la conscience de son sursis précaire, porte les couleurs du demi-deuil.
Des deux grandes saignées qu'a connues la France, 1792-1815 et 1914-1918, la seconde a été comme masquée par une floraison imprévisible d'écrivains nouveaux. Il n'y a pas eu d'expression littéraire à cette anémie pernicieuse. Sur le plan de l'art, elle correspond plutôt à un trop-plein d'être : l'histoire de la littérature a de ces façons de "passer".
Mais après 1814 au contraire, s'exprime une conscience aiguë de cette hémorragie : la société comme un champ sous la grèle, la retombée brutale après l'énorme effort, l'arrachement de l'exil.
Pour retrouver plus tard cette voix blanche qui est celle des grandes pertes de sang, cette pâleur au front,
ces frissons de feuille morte, cet accent de religiosité frileuse, erratique, automnale, la littérature de
la Révolution russe devra attendre
le Docteur Jivago
de
Pasternack.
C'est dans cette atmosphère très particulière, qui est celles des relevailles sanglantes d'un monde accouché,
qu'il faut désormais nous situer.
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