Le droit de mourir en question
Par Michel Tanner, jeudi 13 mars 2008 à 11:39 - Edito - #1415 - rss
Le droit de mourir... Cette question est de plus en plus souvent posée, d'une façon ou d'une autre, en particulier quand l'actualité nous rappelle la détresse de personnes en fin de vie et/ou en état de grande souffrance.
Actuellement, le cas de Chantal Sébire renvoie la société face à ses responsabilités.
Chantal Sébire veut mourir.
Elle est atteinte d'un mal incurable. Une tumeur qui lui a fait perdre la vue et qui déforme son visage.
Il est toujours difficile de se pencher sur cette question du droit à la mort. Mais pour autant, ce débat est réel, impérieux et nécessite la réflexion la plus large.
Tout d'abord, pourquoi la question de l'euthanasie laisse-t-elle un arrière goût de malaise, rien que d'y penser ? La réponse est certainement plus complexe qu'il n'y paraît.
Il me semble qu'il y a trois aspects différents à considérer : la douleur et de la souffrance, la perception de la mort et, enfin, la question de l'entourage de la personne malade.
Souffrance physique et souffrance de l'indignité
La souffrance, c'est très subjectif. On pense bien sûr à la souffrance physique. La douleur, qui a été longtemps un sujet tabou dans les milieux médicaux. Simplement parce que la douleur était considérée une forme d'échec du soignant il y a encore quelques dizaines d'années. L'approche a évolué, dans le sens d'un traitement de la douleur. Et cette évolution a conduit à aborder plus franchement la problématique du traitement de la douleur en fin de vie.
Mais la souffrance, c'est le vécu et donc l'affaire du souffrant. cette affreuse lapalissade permet toutefois de réfléchir à la souffrance sous ses multiples aspects. La souffrance de l'indignité, par exemple. L'indignité pouvant elle-même être vécue de façons très différentes selon les personnes, leurs postulats culturels et philosophiques.
Face à la souffrance en fin de vie, la société occidentale répond le plus souvent par l'accompagnement. C'est une évolution importante et notable car elle implique un repositionnement face à la mort, à défaut d'une acceptation.
La mort et le sens de la vie
La mort. La fin de la vie. C'est peut-être le nœud essentiel du problème, du moins en ce qui concerne la réponse de la société à l'euthanasie.
La mort est tabou. Elle fait peur, probablement parce que la mort est à la fois un concept et un fait. Un concept en ce sens que la société s'interroge toujours sur ce qu'il y a au-delà , sur le passage lui-même de l'état de vie à l'état de non-vie, etc. En même temps, bien sûr, la mort est un fait incontournable et imparable. Tous les questionnements autour de la mort, concept ou factualité, impliquent les interrogations sur le sens de la vie.
La question de la mort et ses implications, philosophiques comme scientifiques, sont tellement vastes que la polémique n'est jamais loin quant on les aborde.
Si j'en croit ce que je lis aujourd'hui dans la presse, Chantal Sébire, refuse le "laisser-mourir", une procédure autorisée qui consiste à plonger la personne dans un état comateux. Une euthanasie passive qui semble répondre à la question de la souffrance. Mais on ne peut pas restreindre la question du droit à la mort, à la gestion de la souffrance.
Dignité et souffrance des proches
Cette mère de famille, pose aussi le problème sous un autre angle : elle ne veut pas léguer à ses enfants cette vision d'une mère encore là mais absente.
C'est un aspect essentiel de la fin de vie et la société ne peut pas se permettre de l'ignorer. C'est peut-être l'aspect le plus délicat dans la problématique de l'euthanasie. Car on pourrait aisément penser que cet aspect regarde les proches et que leur avis est prépondérant, en admettant qu'ils soient en âge d'avoir une opinion soutenable.
Ce serait oublier un point essentiel : le respect de la personne en fin de vie et la souffrance qu'implique le non-respect de sa dignité. Et il serait, me semble-t-il, audacieux de penser que le problème ne se pose plus une fois la personne placée en état de coma profond. Qu'en savons-nous en fait ? Que connaissons-nous des perceptions sensorielles ou autres d'une personne plongée dans cet état transitoire ?
Il est également nécessaire que la société trouve des réponses satisfaisantes à la question de l'euthanasie pour une autre raison.
Rien n'est plus terrible pour un proche, un enfant ou un conjoint, que d'être confronté à ces questions. Les proches ont déjà assez de douleur à encaisser. Endosser la responsabilité, juridique ou morale, de l'euthanasie, c'est simplement insoutenable pour un proche.
Une non-réponse de la société à la question de l'euthanasie, n'est-ce pas risquer de condamner les proches à vivre le restant de leur vie avec la décision qu'il ont prise... Ou qu'ils ont refusé de prendre ?
Une souffrance supplémentaire
Les arguments contre l'euthanasie active ne manquent pas et ils sont, pour la plupart fondés et respectables. Des points de vue qui posent, eux aussi, les mêmes questions que les "pro-ethanasie" : la question des souffrances, la conception même de la dignité, du vécu du passage de l'état de vie à l'état de mort et du sens à donner à tout ceci.
A ce jour, faute de réponse valable, c'est la justice qui est amenée à trancher, avec ce que cela implique de souffrance supplémentaire pour la victime comme ses proches quand au combat contre la maladie, se rajoute le combat pour un droit.
Mais y-a-t-il une réponse législative possible ? Cela semble particulièrement difficile alors que chaque cas mériterait d'être traité individuellement. Mais, pour autant, il faudra bien un jour avoir une réponse valable à ces cas de détresse. La société sera alors un peu plus adulte.

















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