Scrutin municipal - Politique de l'Etat

Doulevant Info : Selon vous, après l'élection présidentielle en 2007, à Saint-Dizier, va-ton voter pour "évaluer" Nicolas Sarkozy ou les électeurs bragards vont-il s'intéresser essentiellement à l'enjeu local ?

Eric Loiselet : Les bragards, comme la plupart des français se prononceront d’abord en fonction d’enjeux locaux.  Des citoyens qui ont contribué au succès électoral de Nicolas Sarkozy puis de sa majorité l’an dernier sont visiblement déçus et désappointés. Mais ils savent que le scrutin municipal n’aura pas vraiment d’impact sur la politique nationale. Certains peuvent néanmoins être tentés de votre contre le maire sortant, membre de l’UMP et qui soutient Nicolas Sarkozy. Mais je pense que ce choix sera marginal.

Plus sûrement, je pense que l’absence de résultats du maire UMP sortant au long de ces 13 années de mandat municipal sera un élément important du choix des bragards.

La dynamique offerte par notre liste de Gauche Unie peut rendre crédible l’idée que, cette fois-ci, une alternative est vraiment possible, alors que de plus en plus de bragards éprouvent une déception ou une lassitude à l’égard du maire UMP. Il nous appartient donc de faire en sorte que cette lassitude se traduise en vote, et pas en abstention. Il est évident que le maire sortant table sur une faible participation pour être réélu. .L’abstention est la meilleure alliée du député maire UMP. En juin dernier, à Saint-Dizier, il obtient 5163 voix soit 29% des 17 926 électeurs bragards, l’abstention atteint 50,1%. Le Maire UMP laisse entendre que sa réélection est assurée … ce faisant il cherche à démobiliser. Rien n’est joué. Le Maire n’est pas majoritaire dans sa ville. A nous de le montrer.

D. I. : Quel bilan tirez-vous des actions du gouvernement et du chef de l'Etat ?

E. L. : Il est tôt pour tirer un bilan. Pourtant il apparaît que la direction prise n’est pas bonne. Et depuis le début de cette année on ne sait d’ailleurs plus quelle est la direction, tellement les annonces contradictoires se multiplient. M. Sarkozy a été élu sur un espoir de renouvellement après les longues années Chirac avec lesquelles il a proposé aux français de rompre. Force est de constater que sa rupture consiste à accentuer les fractures au sein de notre société et entre les français. Ce n’est bon pour personne.

D. I. : Quelle est, selon-vous, leur décision que vous désapprouvez le plus ?

E. L. : La décision que je désapprouve le plus c’est bien sûr le cadeau de 15 Milliards d’euros fait cet été aux catégories sociales les plus aisées du pays. Il s’agit d’un cadeau, donc sans aucune contrepartie, et, bien sûr, il n’y a eu aucun retour : aucun impact sur la croissance, sur l’investissement. Nicolas Sarkozy a choisi de privilégier la rente et les rentiers, à l’opposé de ce qu’il a fait croire au pays pendant sa campagne. Il a privé le pays d’une marge de manœuvre budgétaire qui manque alors que la croissance se ralentit. Et surtout il a clairement trompé le peuple français. Le mouvement qu’il incarnait ne serait il au fond qu’une agitation destinée à faire croire à un changement de style … qui n’est finalement que le nouveau visage d’une politique qui sert les intérêts des plus riches ?

D. I. : A l'inverse, y-a-t-il une décision que vous approuvez ?

E. L. : La décision que j’approuve est l’arrêté d’interdiction de la culture du mais transgénique MON 810 qui avait été semé sur 22 000 hectares l’an dernier en France. Cette décision a été difficile à prendre du fait des pressions des lobbies semenciers et chimiques. Elle marque toutefois une forme de coup d’arrêt à l’essor programmé des cultures transgéniques. Elle s’inscrit dans le respect du principe de précaution. Il reste maintenant au gouvernement à nous prouver, après les élections municipales, qu’il saura résister à la révolte d’une partie du groupe UMP, qui a clairement choisi de servir les lobbies économiques pro OGM. Je serai d’ailleurs très intéressé de savoir la position du député UMP de notre circonscription sur la question des OGM : se rallie-t-il à la position de M. Sido, sénateur UMP pro OGM … ou à celle de M. Borloo, Ministre du gouvernement, qui a marqué ses distances avec les lobbies ?

Politique locale

D. I. : Quel est votre bilan de la politique locale du maire actuel de Saint-Dizier ? Insuffisances et actions positives ??

E. L. : Réglons d’abord la question des actions positives : le maire UMP a conduit, grâce aux moyens dégagés pour la politique de la Ville par l’Etat et les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, des opérations de rénovation urbaine qui ont transformé Saint-Dizier. Mais une fois ces réalisations portées au crédit du Maire sortant, force est de constater que le bilan de ces 13 années de mandat est globalement négatif. Et ceci au point que nous considérons qu’il a perdu son "permis de maire".

En 1995 il s’est fait élire pour la 1ère fois sur une triple promesse :

  • Développer l’attractivité de la Saint Dizier pour y favoriser la création d’emplois
  • Rétablir la sécurité pour ses habitants
  • Faire venir le TGV jusqu’à Saint-Dizier.

13 ans après il a échoué sur ces trois promesses : La Ville de Saint Dizier a perdu plus de 5 000 habitants en 13 ans ! C’est comme si une ville comme Joinville avait été rayé de la carte. Cela représente 15% de la population de la Ville quand il a pris ses fonctions. Pour donner une autre comparaison 15% de la population de la Ville de Reims représentent justement 27 000 habitants, la taille de Saint Dizier aujourd’hui. Si M. Cornut Gentille avait été maire de Reims depuis 13 ans, c’est comme si, sous son mandat, l’équivalent d’une ville comme Saint-Dizier avait disparu des quartiers de la ville de Reims. Et bien sûr l’emploi a suivi : les destructions d’emploi n’ont pas été compensées. Et rien n’indique que cela va changer. Même si nous aimerions y croire, les annonces récentes sur le Parc de référence de Saint6dizier ne sont pas de nature à inverser la tendance.

Vidéo : Construction du Vert Bois (1953)

Source vidéo : Cites2rance et ina.fr.

Maurice Lemaire, ministre de la Reconstruction et du Logement, et Edgard Pisani, préfet de Haute-Marne, inaugurent les nouveaux quartiers construits à l'extérieur de la ville de Saint-Dizier. C'est la cité du Vert Bois.

La sécurité reste un grave problème. Il suffit de se rappeler la récente "émeute" du 4 octobre. Le sentiment d’abandon du vert Bois a été brutalement mis en évidence. De même que les carences de la politique du Maire UMP. Il est l’un des rares élus à refuser de faire vivre le contrat local de sécurité de sa ville (on parle désormais de CISPD "conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance"). Echec sur le plan de la prévention, échec sur le plan de la cohésion sociale : il n’a pas mis en œuvre les engagements dans ce domaine pris dans le contrat de ville 2000 – 2006. Comment imaginer, alors qu’il a eu 13 ans pour agir, qu’il puisse, tout d’un coup se mettre à faire l’inverse de ce qu’il fait depuis tant d’années.

Le TGV : en 1995 M. Cornut Gentille pointait son doigt à l’horizon des voies ferrées bragardes en annonçant que bientôt le TGV y circulerait. 13 ans après, comme Sœur Anne, les bragards ne voient rien d’autre que l’herbe qui verdoie ! Des rames TGV parviennent à Vitry le François, mais pas à Saint-Dizier, alors que la liaison Vitry Saint-Dizier est électrifiée. Bientôt des rames TGV arriveront à Commercy. Mais à Saint-Dizier : rien ! Qu’a-t-il fait en 13 ans ? Pourquoi n’a-t-il pas obtenu ce que d’autres, dans des villes de moindre importance ont obtenu ? S’est il vraiment engagé sur ce dossier, s’est-il vraiment consacré à concrétiser ce projet ? Rien n’est moins sûr. Et comme le maire sortant UMP n’aime pas faire de bilan, nous risquons de ne jamais savoir, par sa bouche, pour quoi il a échoué sur ce dossier là aussi.

D. I. : Quelles sont les 3 dossiers à traiter en priorité, selon vous, à Saint-Dizier ?

E. L. : Le premier dossier est celui du développement économique. Il s’agit d’une compétence de la communauté de communes, mais la ville centre est bien au cœur du sujet. Il manque à Saint Dizier une vision de son avenir et une volonté pour agir. Avec la liste de la Gauche Unie, nous proposons une vision simple : faire de Saint-Dizier une éco ville et un pôle d’excellence dans le domaine des éco industries.
Il y a 50 ans, Saint Dizier a été la 1ère ville nouvelle de France. Elle peut devenir l’une des premières éco villes de France. Tout le monde y gagnera : chacun verra sa facture d’énergie baisser, la qualité de vie sera renforcée, des perspectives d’activité et d’emploi se développeront autour de la construction et de la rénovation durable des bâtiments et du développement des énergies renouvelables. Saint-Dizier pourrait viser son autonomie énergétique à horizon 2015. L’emploi industriel autour des savoir faire du bassin d’emploi, de même que les services associés (ingénierie, conception, marketing, maintenance) pourrait se développer en prenant appui sur l’exemple des bassins d’activités en Europe qui misent sur la croissance verte.

Le second dossier est celui de la lutte contre toutes les discriminations et le développement de la solidarité. Saint-Dizier reste une ville divisée. Malgré les travaux de rénovation et la disparition des coupures physiques (dont la N4), les divisions demeurent dans les têtes comme dans les cœurs. Il faudra travailler à retissser les liens sociaux, à promouvoir la cohésion sociale, à se préocuper du vivre ensemble. Cela passe par l’accessibilité des bâtiments, de tous les bâtiments, aux personnes âgées et aux personnes handicapées. Cela passe par une politique systématique de lutte contre les discriminations dans l’emploi. Cela passe aussi par la lutte contre la discrimination économique qui exclut des familles de l’accès aux services collectifs ce qui suppose par exemple de mettre en œuvre des tarifs d’accès aux services de la Ville réellement équitables. Cela passe aussi par une offre de soins de proximité qui s’apparente à ce que font les Centres médicaux municipaux dans d’autres villes.

Le troisième dossier consiste à changer les méthodes de travail dans cette ville. Le manque de concertation est évident ; au point qu’il démobilise et conduit à l’abattement et au repli. Nous voulons mettre en œuvre une valeur à laquelle nous tenons : le RESPECT, qui a pour complément le droit de chacun à une égale dignité. Nous travaillerons à rendre Saint-Dizier aux bragards. Et cela suppose une pratique systématique de la concertation. Avec les commerçants pour envisager la piétonisation d’une partie du Centre ville à certains moments afin d’accroitre son attractivité. Avec les associations sportives, toutes les associations sportives pour identifier les besoins et les réponses que la Ville peut apporter. C’est pour cela que nous remettrons sur l’ouvrage le dossier « Pergaud ». Avec les associations culturelles pour définir ensemble une programmation tout au long de l’année qui permette le soutien aux talents des bragards. Avec les habitants du parc de logements sociaux de la Ville pour rompre avec le mépris qu’ils ressentent désormais avec acuité. Etc.

D. I. : Ahmed Benaissa, candidat "apolitique, ni de gauche, ni de droite" (La Croix de la Haute-Marne - 8 février 2008), s'est dit prêt à négocier avec votre liste "sous certaines conditions". Qu'en est-il ? Va-t-il vous rejoindre ? A quelle place sur la liste ??

E. L. : Nous avons rencontré Ahmed Benaissa autour des propositions très concrètes de son association "Pour une répartition juste". Nous avons constaté des convergences autour de la place à donner à l’humain dans le quartier du Vert Bois et autour de la nécessité de restaurer le respect entre les différentes composantes de la Ville.

Devant les convergences évidentes, Ahmed Benaissa a choisit de soutenir la liste de la Gauche Unie, et je l’en remercie. Il sera, je n’en doute pas, une vigie très active du respect de nos engagements si nous sommes élus. Je crois que nous avons trouvé, avec Ahmed, la bonne manière de dialoguer en prenant en compte nos différences et en travaillant à chercher le positif dans l’apport de l’autre, en bannissant toute forme de mépris et de stigmatisation.

La démarche de la liste de la Gauche Unie est de travailler à ce que la ville appartienne à tous. Cela n’est pas toujours évident à comprendre, à faire comprendre, et à pratiquer. Vous voyez que nous sommes loin du type de "négociations" que votre question semble suggérer. Croyez-moi, Ahmed Benaissa, à sa manière, porte une part de l’avenir de Saint-Dizier et de ses habitants. Pourquoi ne pas le reconnaître ?

Saint-Dizier et le nord de la Haute-Marne

D. I. : Au-delà, d'une équation classique du type "plus d'activité à St-Dizier = plus d'emplois possibles pour le secteur nord-haut-marnais", Saint-Dizier doit-elle ou peut-elle participer positivement au développement économique des cantons voisins ?

E. L. : Bien sûr. Vous parlez de cantons : vous savez que Saint-Dizier se partage déjà en plusieurs cantons. Si le canton est la maille territoriale qui vous préoccupe, il est évident que Saint-Dizier se place déjà dans une optique multi cantonale. Au-delà de cette évidence, je crois qu’une ville centre est en étroite interdépendance avec l’ensemble du territoire au sein duquel elle s’insère. L’intercommunalité est à développer.

Pour le moment c’est la Communauté de Communes Saint-Dizier Der et Perthois qu’il s’agit d’approfondir. Beaucoup reste à faire.

Quelques exemples :

  • créer un fonds d’aides communautaire destiné à financer un projet communal ou intercommunal correspondant aux priorités communautaires dans le cadre d’une politique de développement durable.
  • signer des conventions permettant à chacun, quel que soit son lieu de résidence de bénéficier des équipements communautaires.
  • encourager la signature de conventions entre les communes pour la mise à disposition de places de crèche, de partenariats culturels, d’aides à l’investissement pour les petites communes sur des projets prioritaires…
  • élargir l’offre de transport en commun dans la communauté, sans oublier les communes rurales. En assurant la mobilité des chômeurs et des personnes en difficulté en liaison avec le milieu associatif. En élaborant un plan de circulation à l’échelle de la communauté.

Nous regarderons la possibilité de développer des cultures maraichères dans le périmètre de la communauté, afin de favoriser l’approvisionnement local, notamment pour les besoins des services de la Ville (cantines scolaires). En liaison avec la Chambre d’agriculture nous chercherons ainsi à développer le recours aux produits d’agriculture bio. Nous soutiendrons l’action des structures qui cherchent à relocaliser des activités agricoles.

D. I. : Que pourrait-il être envisagé en ce sens en direction des communes du secteur comme Doulevant, Wassy ou Joinville ?

E. L. : Les axes évoqués précédemment pourront être développés en lien avec les communes du secteur Doulevant, Wassy, Joinville, dans le respect des cadres de coopération intercommunale existants. Nous serons à l’écoute de tout projet qui, pour réussir, devrait s’insérer dans un cadre inter intercommunal. Ainsi, nous proposerons de développer une coopération entre les théâtres de Saint-Dizier et Wassy, en explorant l’éventualité de devenir "scène conventionnée".

Le PS, l'Europe et le PS haut-marnais

D. I. : Comment va le PS à l'heure d'une position un peu floue concernent le traité européen lors du congrès ? Quelle est la position du PS 52 sur ce point particulier ? En phase ou pas ?

E. L. : Le PS 52 était majoritairement favorable au référendum sur le traité institutionnel européen. Celui-ci n’a pas été possible, il n’y avait cette volonté ni à la Présidence de la République, ni au sein de la majorité parlementaire.

C’est dommage : l’Europe est souvent considérée comme souffrant d’un déficit démocratique. Je partage cette analyse. Il va désormais falloir lancer et réussir des projets dont les bénéfices soient directement perçus par les peuples, sinon l’Euroscepticisme connaîtra de nouveaux projets. L’Europe s’est fondée autour de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. Pourquoi, alors que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est un enjeu global, l’Europe de ce siècle ne se reconstruirait elle pas autour d’une Communauté Européenne des Energies Renouvelables ? et autour d’une taxe énergie climat qui engage vraiment la coupure de nos économies d’avec le carbone (charbon, pétrole … et même gaz). L’Europe de demain ne saurait s’envisager sans un tarif extérieur commun qui prenne en compte les enjeux environnementaux … et les enjeux sociaux. Un traité social devra permettre de constituer l’Europe en espace de protection des travailleurs et de leurs droits, à rebours des regrettable évolutions qui tentent de démanteler les quelques protections existantes.

Le drame qu’a représenté pour le PS le débat sur le Traité Constitutionnel Européen doit laisser place à la reconstruction puis la mise en œuvre d’une vision progressiste partagée de l’Europe, en lien avec l’ensemble des socialistes européens. Je sais que ce qui rassemble les socialistes français en matière européenne est plus important que ce qui les a séparé fin 2004 et au long de l’année 2005. Le temps du retour à l’unité est venu, et les échanges que nous commençons à avoir les uns et les autres, partisans du OUI et partisans du NON, me laissent penser que nous sommes déjà en chemin vers l’unité. Nous sommes donc en convalescence, et le Congrès qui s’annonce courant 2008 sera celui de la guérison.

Site de campagne de la liste la gauche unie : www.saintdizierchangedair.fr

Crédits :

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