Intervention policière à l'usine Miko : désaccord sur les faits
Par Michel Tanner, mardi 15 janvier 2008 à 17:19 - Saint-Dizier - #1323 - rss
L'intervention policière qui s'est déroulée ce mardi matin à l'usine Miko de Saint-Dizier (Haute-Marne), a-t-elle été particulièrement musclée ? Côté syndical, on parle de matraques et d'intervention nécessaire des pompiers. Côté préfecture on indique que les policiers n'était pas armée de matraques.
Toutefois, selon une dépêche de l'Agence France-Presse, publiée à la mi-journée par France-Info, la "libération musclée" du directeur s'est soldée par "14 salariés blessés" qui "souffrent de blessures légères ou psychologiques" selon l'AFP s'appuyant sur les déclarations de pompiers.
Dans un communiqué diffusé en début d'après-midi, Francis Coince, secrétaire de l'union locale CGT, indique que "la police est intervenue sur ordre du préfet, sans aucun référé préalable pour faire sortir le patron de l'entreprise alors qu'il refusait de répondre aux revendications des salariés depuis hier vers 17 heures. Lors de cette intervention nos 'courageux' policiers n'ont pas hésité à malmener et à matraquer des femmes qui s'opposaient pacifiquement à nos 'vaillants' policiers. Il a fallu l'intervention des pompiers pour secourir une quinzaine de personnes."
Condamnation de la CGT
La CGT estime que "cette attitude préfectorale est inadmissible et scandaleuse. En refusant de jouer son rôle de médiateur, et ce, une fois de plus après le conflit FBMA de fin 2006/début 2007, le représentant du gouvernement dans le département de la Haute-Marne a prouvé qu'il était clairement du côté du patronat.
"Nous ne pouvons que condamner une telle attitude qui ne peut que nuire à la sérénité nécessaire en de telles circonstances. Au contraire cet ordre préfectoral ne peut qu'attiser les tensions et si, des débordements que nous ne souhaitons pas se produisent, seul Monsieur le Préfet devra en assumer les conséquences" avertit le syndicat ouvrier.
"Pas de violence inutile" pour la préfecture
A la préfecture, contactée par téléphone, on dément l'usage de matraques : "Le directeur de l'usine Miko était retenu depuis hier par des salariés de l'usine. Il était libre de ses mouvements dans l'entreprise mais il lui était interdit de sortir de l'établissement" explique un représentant du préfet qui indique que "la direction de Miko a demandé que soit constaté ce flagrant délit, ce qui a été fait en liaison avec le procureur de la république."
Ce matin à 9 heures, première intervention de la commissaire de Saint-Dizier accompagnée de 2 officiers de police judiciaire (OPJ). "La commissaire a demandé aux grévistes de laisser sortir le directeur" explique le représentant de la préfecture. Refus des salariés.
C'est dans ces conditions que sont intervenues les forces de polices. "Ils n'étaient que dix en face de 40 à 60 salariés. Les policiers étaient des gardiens de la paix du commissariat de Saint-Dizier et ils n'étaient pas armés : pas de casque, pas de bouclier, pas de matraque" explique-t-on à la préfecture, précisant que "d'ailleurs, les matraques cela n'existe plus dans la police. Les policiers emploient le tonfa" qui, selon la préfecture, n'est pas vraiment une matraque. Les policiers intervenants à l'usine Miko en étaient-il munis ? La préfecture "ne peux pas l'affirmer."
Le tonfa ressemblerait donc à une matraque mais n'en n'aurait pas la vigueur.
Alors ? Les coups ? Les blessés ? Selon la préfecture, l'intervention policière s'est limitée à un "barrage des gardiens de la paix" qui se sont interposés entre les salariés et le directeur pendant que la commissaire et les OPJ évacuaient celui-ci par une sortie de secours. "il y a bien eu quelques bousculades mais pas de violence inutile" affirme la préfecture qui indique que "selon nos informations certains salariés essayent d'obtenir des certificats médicaux mais ceux-ci devraient être légers."
Pour terminer, le représentant du préfet rappelle que la séquestration du directeur de l'usine constitue "un délit" et que c'est d'ailleurs dans le cadre d'une "procédure judiciaire" que l'évacuation s'est déroulée en précisant toutefois qu'à cette heure "aucune plainte n'a été déposée", ni du côté d'Unilever, ni du côté des salariés.
Unilever regrette "toutes formes de violences"
La direction d'Unilever contactée par téléphone, déclare "regretter toutes formes de violence : aussi bien du côté policier que la séquestration qui est aussi une forme de violence."
Le groupe néerlando-britannique a publié aujourd'hui communiqué de presse "à la suite de la séquestration du directeur de l’usine Cogesal-Miko durant de longues heures cette nuit, pour négocier sous la contrainte." Dans ce communiqué, Daniel Degove, président de Cogesal-Miko déclare qu'il "comprend l’inquiétude, voire la colère que suscite ce projet indispensable pour que Miko vive à Saint-Dizier. Pour autant cette action n’est ni responsable, ni utile pour les salariés."
La négociation continue
Il affirme être toujours ouvert à la nécociation : "nous y sommes prêts et nous l’avons répété sans cesse. Ce dialogue, il a eu lieu de manière privilégiée au sein du comité d’entreprise, depuis près de deux mois sur le volet industriel et depuis le 8 janvier sur le volet social. Le dialogue social, c’est la seule voie pour expliquer ce projet industriel. Le dialogue social, c’est aussi la seule voie pour travailler sur l’accompagnement pour chaque personne qui serait concernée.Selon Unilever, donc, le dialogue n'est pas rompu et le groupe annonce deux prochaines dates : "une nouvelle réunion du comité d’entreprise aura lieu jeudi 17 janvier. Une autre réunion est prévue le 30 janvier, lorsque l’expert financier demandé et choisi par les représentants des salariés rendra son rapport sur le programme d’accompagnement social."
Photo tonfa : www.eclats-antivols.fr
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