11 novembre : les bleuets de la discorde
Par Michel Tanner, samedi 17 novembre 2007 à 16:45 - Doulevant le Chateau - #1278 - rss
Conséquence inattendue de la recomposition du conseil municipal, cette année, la commémoration de l'armistice de 1918 n'est pas vraiment synonyme de paix à Doulevant le Château.
Pourtant, chacun pourra en témoigner, la cérémonie s'est bien déroulée, comme chaque année, autour du monument aux morts.
Comme chaque année ? Pas tout à fait, si l'on en croit un ancien combattant, Louis Goze, qui a adressé le 12 novembre une lettre au maire : "Comment se fait-il que cette année pour le 11 novembre 2007, je n'ai pas eu à nouveau l'honneur en ma qualité d'ancien combattant de présenter les bleuets et procéder au dépôt de la gerbe ? Comment se fait-il que vous ayez confié ce soin à un non ancien combattant, nouvel élu de vos amis ?"
C'est que voilà : "Depuis plus de 25 ans aux commémorations des 8 mai 1945 et 11 novembre 1918, j'ai toujours été chargé de proposer les Bleuets de France aux citoyens désireux de faire un don au profit des œuvres des anciens combattants", explique monsieur Goze dans son courrier.
José Pillard, le maire de Doulevant le Château, lui a répondu par un courrier du 15 novembre que dans beaucoup de communes ce sont les conseillers municipaux, ou même des enfants, qui effectuent la vente des bleuets pendant la commémoration : "à l'occasion de cette cérémonie, la gerbe a été déposée par Monsieur André Van Landuyt, lui-même ancien combattant" précise le maire dans sa réponse.
Alors ? Simple péripétie ? Pas certain. Car cela n'explique pas, par exemple, pourquoi les années précédantes, sous le mandat du même maire, on a laissé Louis Goze vendre les Bleuets.
Le plus simple était de poser la question au premier magistrat : "Cette année, nous avons un conseil municipal renouvelé et j'ai estimé qu'il fallait un peu changer les choses. C'est pourquoi j'ai chargé un élu municipal de vendre les Bleuets"
Mais... Au fait ! Comment cette vente est-elle organisée ? Qui décide de quoi ? La municipalité ? Les associations d'anciens combattants ? L'état ?
Petite enquête sur le Bleuet de France.
Deux femmes soutiennent les victimes de la guerre
Tout d'abord, historiquement, le Bleuet de France est le fruit de la réflexion de deux femmes, au lendemain du premier conflit mondial . Charlotte Malleterre, fille du gouverneur des Invalides, et Suzanne Lenhardt, infimière, imaginèrent un dispositif d'aide aux victimes de la Grande Guerre. Elles proposèrent aux soldats soignés à l'hôpital des invalides de participer à une activité artisanale. Elle ont ainsi procuré à ces soldats un dérivatif à leur désœuvrement forcé et une source de revenus complémentaires.
Le symbole du bleuet trouve sa source dans la couleur bleu horizon des uniformes des soldats français d'alors. "Bleuet" était d'ailleurs le surnom donné à ces jeunes soldats par les anciens qui étaient, eux, vêtus d'un pantalon rouge.
C'est ainsi que le bleuet a contribué à la réinsertion sociale de ces soldats victimes de la guerre.
On voit donc qu'à l'origine, les anciens combattants et l'état (l'Hôpital des Invalides) étaient étroitement liés au Bleuet de France.
Une œuvre gérée par l'ONAC
Depuis 1991, c’est l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de guerre (ONAC) qui assure la gestion de l'œuvre. A ce titre, l'ONAC agit au profit de ses ressortissants (anciens combattants, veuves de guerres, orphelins et pupilles de la nation, victimes d’attentas) en matière de solidarité, mais aussi pour l’ensemble de la communauté nationale et plus particulièrement la jeune génération, en matière de mémoire.
Une commission paritaire, le Collège du Bleuet de France, décide des orientations générales et de la promotion de l'œuvre.
L'organisation de la collectes au niveau local est confiée à des services départementaux de l'ONAC.
Les collecteurs bénévoles qui récoltent les dons sur la voie publique puis les reversent au Bleuet de France sont des particuliers, des membres d’associations d’anciens combattants ou des membres d’associations agréées Jeunesse et Sports.
La gestion de la collecte et la répartition des fonds collectés s’effectue sous le haut-contrôle de la Cour des Comptes.
A priori, nous sommes loin d'une organisation spécifiquement municipale mais, d'un autre point de vue, rien ne semble empêcher un élu de collecter les fonds pour le Bleuet de France, d'autant plus s'il est lui-même ancien combattant.
La nature du collecteur décide de la répartition des fonds
Oui mais... Louis Goze, questionné à ce sujet, attire l'attention sur la question des fonds : "Si ce n'est pas un collecteur désigné par l'ONAC qui vend les bleuets, la section locale perd sa part !"
José Pillard, pour sa part, indique dans son courrier que, cette année, "la vente des bleuets a rapporté la somme de 62 €." Mais il ne précise rien quant à la ventilation de cette collecte.
Retour à l'investigation. Le site du ministère de la Défense indique en effet que "les associations d’anciens combattants collectrices peuvent conserver 40% du montant total des fonds qu’elles auront collecté." Les associations de jeunesse, quand elles participent à la collecte, peuvent, quant à elles, conserver 10% des fonds récoltés. Le ministère précise que "tous les autres collecteurs reversent les 100% des fonds au Bleuet de France."
Sur ce point, Louis Goze affirme qu'il est le collecteur désigné par la section cantonale des anciens combattants et, qu'à ce titre, il possède une carte de collecteur.
Le maire de Doulevant affirme lui que c'est la mairie qui attribue les cartes de collecteurs : "la commune de Doulevant le Château dispose de quatre cartes qu'elle peut attribuer à qui elle veut" explique José Pillard sans pour autant préciser s'il a attribué cette carte à l'élu chargé de la collecte.
Cette année, la collecte ainsi organisée par le maire de la commune, échappera-t-elle à la section cantonale des anciens combattants ? Louis Goze a contacté les organismes de tutelle au niveau départemental et national. Peut-être la réponse viendra-t-elle de l'ONAC ou du secrétariat d'état aux anciens combattants.
Affaire à suivre, donc. Affaire qui pourrait prêter à sourire, surtout au vu de la somme en jeu (24 euros qui pouvaient revenir aux anciens combattants locaux) mais, à la réflexion, si cela devait se péréniser ainsi, le manque à gagner serait plus conséquent... Et puis (et surtout !), la vente des bleuets est revêtue d'une symbolique forte, présente dans tous les esprits, et on peut comprendre que les collecteurs soient très attachés à leur rôle.
Justement, au-delà , des question juridiques, demeure une aspect plus humain. C'est peut-être la "manière" qui a froissé monsieur Goze :
"Normalement, la mairie m'envoie les bleuets et les documents concernant la collecte avec une invitation à l'intention des anciens combattants. Je me charge alors d'envoyer cette invitation aux membres de notre section" explique Louis Goze. "Cette année, je n'ai reçu qu'une simple invitation qui m'était personnellement adressée. Etonné, j'ai pris contact avec Pierre Blondel, le président de notre section. Celui-ci a essayé de joindre le maire au téléphone, sans succès. Et c'est à la cérémonie, dimanche matin, que j'ai vu que c'était un élu qui vendait les bleuets."
Pierre Blondel n'a pas souhaité confirmer.
Pas de leçon à recevoir
De son côté, le maire n'apprécie pas du tout qu'on le mette en cause : "Je n'ai pas de leçon à recevoir de vous concernant les organisations aux manifestations communales ainsi que la gestion de cette commune", déclare-t-il dans sa lettre à Louis Goze.
"De nos jours, Le Bleuet de France est un symbole de mémoire et de solidarité" indique le ministère de la défense sur son site web. Et bien, pour cette année à Doulevant, c'est un peu raté...
Sources :
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Commentaires
1. Le dimanche 18 novembre 2007 à 10:45, par ----
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