Ces remoux calmés, je montais dans l'appareil pour gagner Cirey. On fit des navettes sur les 424 hectares, qui permirent de constater que les 20 sangliers étaient devenus 70.

Là-dessus, on se posait dans la cour de la ferme du château, le temps de boire un whisky, de fumer un cigare, et on repartait.

Un an plus tard les 70 hôtes du parc étaient passés à plus de 200. Et je ne compte pas les cerfs et les chevreuils qu'on pouvait suivre aussi dans toutes leurs évolutions.

Mais voici ce que m'apprirent de plus intéressant ces expéditions cygénético-aéronautiques : il m'est arrivé de voir plusieurs fois, et trop constamment pour que ce fût un hasard, se former le dispositif d'alerte des grandes compagnies de sangliers, avec les laies en tête, les jeunes au centre, les mâles en arrière; ceci est bien connu, mais ce qui l'est moins, c'est que ce noyau central (une quarantaine d'animaux) était entouré d'un autre dispositif en croix, avec des groupes de deux ou trois sangliers, en flanc-garde, en avant-garde et en arrière-garde, à 80 mètres environ du centre, le tout se déplaçant sans se disjoindre sur des centaines de mètres. On conçoit que cela ait pu être ignoré jusqu'ici, la vision à terre étant trop partielle et latérale pour le révéler, seule la vue "en plan" de l'hélicoptère le permettant. A moins que dans d'autres pays tels que l'Auvergne, on ne l'ait su.

Notez bien qu'il s'agit là d'un comportement qui dépasse l'individu, et que l'on pourrait qualifier de "social" ou de "collectif" et qu'il faut quand-même imaginer "cliché au frigidaire" dans les chromosomes de l'espèce.

En décrivant la vie de Cirey dans les âges, nous avons fait le va-et-vient de la nature à la culture. De ces deux pôles, lequel choisir ?

La haute vallée de la Blaise fut hantée par Voltaire qui l'aimait pour sa solitude. "O beata solitudo, ô sola beatitudo" (O bienheureuse solitude, ô seule béatitude) disait notre voisin Saint-Bernard, fondateur de Clairvaux.

A l'encontre de la sinistrose qui est de mode quand il s'agit de la Haute-Marne, "le plus beau département de l'hexagone", comme me l'écrit mon illustre collègue langrois, François Dagognet, académicien, je me rallie à ce jugement de Saint-Bernard "tu trouveras dans les arbres quelque chose de plus que dans les livres."

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