D'une hardiesse excessive, il n'hésitait pas à attaquer les plus gros sangliers, et c'est seulement après avoir été plusieurs fois blessé qu'il était devenu plus prudent. Pendant les convalescences consécutives à ses blessures, il était admis à demeurer "derrière le taque" (on appelle ainsi l'espace réservé derrière la cheminée à bois, où l'on entretient du feu tout l'hiver). Alors il participait, avec tact et discrétion à la vie de la maison.

A la chasse, il comprenait à demi-mot ce qu'on attendait de lui : sans aucun dressage, il percevait "l'intentionnalité" d'un geste, contrairement à ce que j'ai entendu affirmer par un célèbre professeur au Collège de France, Maurice Merleau-Ponty, qui pour distinguer l'intelligence humaine de celle des animaux, prétendait qu'un chien à qui on désigne de la main un endroit de l'espace, regarde simplement le bout de votre doigt : Tommy au contraire "sentait" intuitivement que le doigt jalonnait la direction du regard, et il se dirigeait aussitôt vers l'endroit de la forêt que nous lui indiquions. Bel exemple d'une communication entre les "esprits" ! Car la vie, et la conscience procèdent de la même source. "Plus je connais les hommes, plus j'aime les chiens", disait le prince de Ligne, hôte de la Cour de Marie-Antoinette.

Son héroïsme le jetait en première ligne, quand on était "chargé" par un sanglier, au péril de sa vie, bien sûr.

Avec cela, d'une fidélité exemplaire, n'hésitant pas à passer un après-midi sur le seuil d'une porte de la maison où il savait que nous nous trouvions : "la fidélité est la marque du surnaturel car le surnaturel est éternel" formule de Simone Weil (la philosophe morte en 1943 à Londres), que je n'hésite pas à utiliser pour notre cher Tommy.

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