Or il suffisait de le lâcher dans un secteur pour que, quelques minutes plus tard, on l'entende donner "au ferme", sur des sangliers bien sûr, à quelque distance qu'ils fussent. De plus, il les aboyait toujours à bonne distance, pas assez près pour être blessé par leurs charges (cela lui arriva quand même), pas assez loin pour que le chasseur qui arrivait pour tirer au ferme hésitât sur l'endroit où se trouvait la bête.

Soit dit entre parenthèses, les sangliers de l'époque, surtout les grands, "tenaient le ferme" beaucoup plus souvent qu'aujourd'hui, chargeaient les chiens sans avoir été blessés, et même l'homme, comme je l'ai vu une ou deux fois.

Dès que finit la guerre, et que recommença la chasse normale, où l'on tirait tous les animaux, Tango se mit à chasser d'autres bêtes, cerfs, chevreuils, lièvres, qu'il voyait passer auparavant avec la plus parfaite indifférence, et perdit ainsi sa haute spécialisation, en même temps que sa réputation..

Tout naturellement, les chasses de Cirey continuèrent, avec les mêmes invités "de droit divin", comme on nous qualifiait avec une légère nuance d'envie; nous étions une dizaine de chasseurs des environs de Cirey-Doulevant, à être de toutes les sorties, qui avaient lieu samedi et lundi; des invités personnels de M. Jean de Salignac-Fènelon venaient parfois se joindre à nous.

En ces heureux temps, les gardes venaient ensuite à la maison nous apporter nos parts de gibier.

Outre les 2 000 hectares du domaine, nous chassions encore dans les Bellevaumes (180 ha) les bois de Bouzancourt (105 ha), le Val de l'Eglise (100 ha), les bois communaux de Cirey et les "sapins Maurel", soit 2 500 hectares, en réservant une partie de la forêt comme un "sanctuaire de vie sauvage" où l'on ne mettait jamais le pied : un petit nombre de chasseurs, très respectueux du cheptel, dont on ne prélevait que les "intérêts", sans toucher au "capital", et encore à peine. Bref, l'une des plus belles chasses de France, qui jouait d'ailleurs le rôle de refuge pour toutes les forêts voisines : le calme parfait régnant le dimanche sur le domaine, lui permettait d'être une oasis pour les gibiers des environs. Les "trains de chasse" (ensemble formé par l'animal chassé suivi de chiens), refluaient de toutes parts sur les bois de Cirey, d'où ils ne regagnaient la prériphérie que beaucoup plus tard.

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