A la dernière guerre, la chasse avait été interrompue pendant la première année d'occupation, mais les sangliers avaient tellement proliféré qu'il fallut organiser des battues. M Jean de salignac-Fènelon était lieutenant de louveterie. Il lui incombait de les diriger, non seulement dans les bois du domaine, mais dans les forêts des alentours. Pas question alors d'avoir un permis : c'est ainsi qu'à quinze ans, je tuai mes premiers sangliers.

Les gardes allaient en déplacement jusqu'à Laneuville-à-Remy, parfois deux jours de suite. La matinée était consacrée à "faire le pied", avec un limier, c'est à dire à localiser les compagnies de sangliers, en vue de les "attaquer" l'après-midi. Tout le reste pâlissait devant la perspective d'une chasse dans les bois de bailly aux Forges. Il s'y ajoutait l'attrait de la découverte des grandes étendues forestières, fragments de l'antique forêt druidique du Der. Mêmes les obligations de présence en classe, au collège de Wassy, n'y résistaient pas. Heureusement, les chefs d'établissements à cette époque un peu anarchique, n'étaient pas trop regardants.

Nous chassions dans des bois inconnus. On étudiait le terrain sur une carte au 1/50000 d'état-major, et on répartissait les tâches entre les "remetteurs", professionnels ou bénévoles. On se réunissait ensuite vers midi pour attaquer, en cernant de vastes enceintes où les sangliers avaient été "remis". Parfois on attaquait "à la billebaude", c'est à dire sans remise préalable, les coupes les plus fréquentées.

Les très beaux tableaux étaient rares, en dépit de l'abondance du gibier, car on distribuait aux participants, avant la battue, des fusils qu'ils ne connaissaient pas; de plus, on ne tirait qu'à balle, avec des cartouches chargées de façon fantaisiste, dans des fusils calibre 12 ou 16 à canon lisse.

Il y avait en revanche d'excellents chiens à sanglier, et tels que je n'en ai plus jamais connu de pareils; on ne tirait absolument aucun autre gibier, et les plus intelligents d'entre eux voyaient passer avec la plus parfaite indiférence, lièvres, cerfs ou chevreuils.

L'un de ceux-ci, de Nully, de type griffon, que je n'ai jamais entendu nommer autrement que "le chien de Bélot", du prénom de son propriétaire, Abel, avait une réputation régionale. Il mourrut au champ d'honneur, tué par un grand sanglier. C'est tout juste s'il n'eut pas droit à des obsèques religieuses, me disait Paul Michel, qui l'utilisait beaucoup.

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