Quelques grandes figures du canton de Doulevant le Château (2007-23); Les chasses de Cirey: La poésie de la chasse
Par Hubert Saget, mardi 12 juin 2007 à 23:19 - Un peu d'histoire - #1147 - rss
Comment une activité si prodigue de grandes émotions a-t-elle pu laisser si peu de traces dans la littérature de tous les peuples ? La littérature est pourtant "la vie prenant conscience d'elle même, lorsque dans l'âme d'un homme de génie, elle atteint sa plénitude d'expression" (formule de Charles du Bos).
A la rigueur, on peut concevoir que la chasse n'ait guère inspiré les classiques, qui se faisaient gloire d'ignorer la nature - Mais les romantiques ?
C'est quand même de l'époque romantique que datent les quelques morceaux de prose ou de poésie dignes d'être retenus, et curieusement c'est la chasse du loup qui les a fournis.
Le loup, sa recherche et son tir, c'était "la poésie de la chasse", disait l'un de mes lointains ascendants: C'était un animal qui "rusait", savait faire le tour d'une enceinte en repérant le chasseur; Et quand il décidait de franchir une ligne, il le faisait si inopinément, passant alors comme un bolide, que les meilleurs fusils avaient du mal à l'ajuster.
Parmi les grands textes inspirés par sa chasse il faut citer d'abord "la chasse du loup" de "Guerre et Paix", de Tolstoï, le plus beau roman du monde. Il ne faut pas oublier que l'auteur était grand propriétaire terrien, et que son domaine de "Lissi Gori" lui avait procuré maintes occasions de la pratiquer.
En France, c'est à la "Mort du loup" de Vigny, que l'on pense tout de suite, et je ne résiste pas au plaisir de vous en citer les premiers vers qui font partie de ce que la poésie lyrique du XIXème siècle a produit de plus haut.
"Les nuages couraient sur la terre enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques'à l'horizon.
Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués,
Par les loups voyageurs que nous avions traqués".
Et la fin,marquée par le pessimisme stoïque de Vigny:
"Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux
Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé droit au coeur..."
Un sentiment de compassion qui enveloppe tous les acteurs de ce drame, c'est sur ce ton que s'achève l'un des grands poèmes inspirés par le "noble déduict", comme nos ancêtres désignaient la chasse.

















Commentaires
1. Le mercredi 13 juin 2007 à 18:04, par ----
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