Kheira Drissi (à gauche)  et Marie-Lorraine Munerot, sa suppléante - Doulevant le Château (Haute-Marne)
Kheira Drissi (à gauche) et Marie-Lorraine Munerot, sa suppléante : "Pourquoi F. Cornut-Gentille ne veut-il pas du TGV-Est ?"

Mais c'est surtout la crise qui secoue le parti socialiste de Haute-Marne, avec la candidature dissidente du vice-président du conseil régional, Roland Daverdon (exclu pour cette raison du PS ainsi que son suppléant, André Guyot, maire de Wassy), qui enlève à priori toutes ses chances à la candidate officielle du PS et laisse la voie libre à son adversaire de l'UMP.

La tournée de campagne de K. Drissi passait il y a quelques jours par notre village et la candidate s'est exprimée, pour Doulevant Info, sur ce point et bien d'autres.

TGV-Est : des critiques à l'égard de Cornut-Gentille

La candidate socialiste déplore la manque de dynamisme de F. Cornut-Gentille dans le dossier du TGV-Est, regrettant qu'il n'y ait pas de desserte à Saint-Dizier.

Elle a un plan pour favoriser l'installation des médecins en zone rurale, question qui a été pour le moins d'actualité à Doulevant le Château.

Introduction de la proportionnelle à l'assemblée nationale, positionnement par rapport au mouvement démocrate de Bayrou ou la gauche anti-libérale, priorité nationales... Kheira Drissi a des idées assez tranchées sur ces questions.

Candidate aux municipales à Saint-Dizier ?

Fille d'ouvrier à Bayard sur Marne, Kheira Drissi ne manque jamais une occasion de revendiquer ses racines haut-marnaises, rappelant volontiers que, si elle a quitté la Haute-Marne pour suivre ses études et si elle a été membre du cabinet de Bertrand Delanoë à Paris, elle compte bien rester dans le département.

Une chose est certaine : élue ou pas aux législatives, elle envisage un avenir politique pour elle en Haute-marne et a l'intention de prendre la tête de sa fédération pour se présenter contre François Cornut-Gentille aux municipales à Saint-Dizier.

Propos recueillis le samedi 30 mai.

M. Tanner : Votre candidature aux législatives s'est compliquée avec la division du PS haut-marnais. Pensez-vous avoir encore vos chances ?

Kheira Drissi : Si on n'y croit pas, on n'y va pas !

Je crois vraiment avoir une chance et je ne désespère pas d'arriver au second tour. François Cornut-Gentille, qui est député depuis 93, est très peu présent sur le territoire de la circonscription. On ne le voit seulement qu'au moment des élections. Il n'est pas seulement maire. Il est aussi député de la circonscription et des haut-marnais s'étonnent de son attitude sur les dossiers locaux et de son manque de concertation.

Je rappelle aussi qu'il a voté des lois au niveau national, il n'était pas contre le CPE...

C'est sûr, il a fait des travaux au centre-ville de Saint-Dizier mais il nous avait promis le TGV, on l'attend toujours, un pôle universitaire, on ne l'a pas. Il avait promis la venue de nombreuses entreprises, par les différentes subventions qu'il a pu avoir et d'abord avec la zone franche... On attend toujours que ses paroles se concrétisent par des actes.

MT : Et vous ? Quels sont vos atouts ? Pourquoi voterait-on pour vous ?

K. Drissi : Je suis jeune ! C'est une réalité ! Et je suis dynamique.

Je suis haut-marnaise, je suis fille d'ouvrier. Mon père était à la fonderie de Bayard sur Marne, j'ai habité pendant 20 ans à Bayard. Je connais donc les problèmes de manque de transport en commun, des petits magasins en zone rurale et du manque d'activité pour les jeunes. Très peu de gens ont accès à la culture dans nos villages, comme si la culture était réservée à un élite !

Je ferai en sorte qu'il y ait une dynamique en milieu rural. Il faut essayer de faire venir les entreprises dans les campagnes, créer des centres d'accueil pour les personnes âgées...

MT : Des maisons de retraite ?

K. Drissi : Oui ! Des établissements accessibles aux petites retraites.

Et il faut faire en sorte qu'il y ait plus de médecin en milieu rural, que l'on n'ait pas besoin de faire des kilomètres pour voir un médecin généraliste.

C'est un sujet qui me tient à cœur car c'est un problème qui concerne les petits villages où l'on n'a pas toujours le moyen de transport pour se déplacer.

MT : Concrètement. Vous comptez les faire venir comment ces médecins ?

K. Drissi : En proposant un cabinet clé en main, avec tout le matériel nécessaire pour s'installer, un local, voire un logement de fonction. Il faut également, avec la région et le département, garantir une sorte de revenu minimum, pour aider le médecin à bien démarrer en zone rurale.

MT : Le cabinet médical serait financé comment ?

K. Drissi : Avec la région. Ce serait une lourde charge pour le département, c'est pourquoi je demanderai l'aide à la région et, pourquoi pas, une petite participation du département.

MT : Et vous demanderez des contreparties au médecin ?

K. Drissi : Oui ! Un engagement du médecin à rester en place 5 ans. S'il part avant, il rembourse !

On aide le médecin à s'installer, il est normal que lui, il s'engage sur la durée.

MT : Ce système est-il déjà appliqué ailleurs ?

K. Drissi : On a déjà essayé certains aspects comme le cabinet clé en main. Mais on n'a jamais proposé en plus un revenu minimum garanti pour le médecin.

MT : Vous avez évoqué le TGV est tout à l'heure. Qu'en pensez-vous précisément ?

K. Drissi : Je me félicite de la mise en place du TGV-Est qui est très attendu entre Paris et Strasbourg. Ce que l'on peut regretter c'est que l'on aurait pu se battre un peu plus au niveau du département et au niveau local pour qu'il y ait une desserte à Saint-Dizier.

MT : La région Champagne-Ardenne n'a-t-elle pas un peu oublié la Haute-Marne dans ce dossier ?

K. Drissi : Il est sûr que si on ne voit pas bouger le département, à la région, on ne va pas bouger à sa place !

MT : Et pour quelles seraient, selon vous, les raisons de cette inaction dans le département ?

K. Drissi : Il a préféré la piscine ? (Rire)

Plus sérieusement, on a un nouveau site nautique à Saint-Dizier. François Cornut-Gentille a estimé que c'était préférable car cela ferait venir de nouvelles entrepreneurs et leurs familles. Alors que, selon lui, le TGV cela n'apporterait pas de nouvelles activités à Saint-Dizier, qui manque d'attrait pour de nouvelles entreprises et pour les familles.

C'était sa réponse quand on lui a posé la question.

Je ne sais pas... C'est une question qui se pose encore : pourquoi ne veut-il pas du TGV ?

MT : Et sur le plan national ? Quelles sont vos priorités ?

K. Drissi : La revalorisation des petites retraites, la hausse du SMIC et des minima sociaux par rapport au pouvoir d'achat.

Un statut pour les jeunes avec une allocation d'autonomie pour les moins de 25 ans.

MT : Avec des contrepartie ?

K. Drissi : Avec des critères, pour commencer.

Qu'ils ne logent pas chez leurs parents par exemple. Des critères en fonctions de leurs besoins et de leur situation sociale.

MT : Parlons un peu des institutions et, surtout du mode de scrutin pour les élections législatives. Faut-il le modifier ? Faut-il de la proportionnelle ?

K. Drissi : Oui ! Il faut de la proportionnelle !

Il est normal qu'il y ait tous les représentants à l'assemblée. Par exemple, pour les électeurs du Front National, il est normal qu'il y ait au moins un député du FN à l'assemblée. Il faut qu'il y ait une représentation de tous les électeurs à l'assemblée, quelles que soient les idées des uns et des autres !

MT : Oui mais tous les politiques tiennent ce discours, surtout en période électoral. Ils sont pour la proportionnelle mais c'est dans son dosage que cela diffère

K. Drissi : Soit on est pour la démocratie, soit on ne l'est pas...

MT : Alors ? Un scrutin entièrement proportionnel ?

K. Drissi : Il faut voir, pourquoi pas ?

MT : Comment vous situez-vous par rapport aux autres composantes de la gauche ? Et par rapport au MoDem ? Etes-vous favorable à un rapprochement avec le centre?

K. Drissi : Je ne suis pas pour un rapprochement avec le modem. Je suis à gauche et je ne crois pas à un mouvement politique qui se dit n'être ni à gauche ni à droite.

Il faut reconstruire la gauche.

MT : Si vous êtes présente au deuxième tour il n'y aura pas d'accord avec le modem ?

K. Drissi : Personnellement je n'y suis pas favorable.

MT : Et en cas d'accord au niveau national ?

K. Drissi : Je m'abstiendrai alors de tout commentaire...

MT : Et rencontrer les autres formation de gauche ? Vous comptez négocier un report de voix le cas échéant ?

K. Drissi : Rencontre les autres formations de gauche, Oui :

Mais, je n'y crois pas trop au report de voix. Chaque électeur est propriétaire de sa voix.

MT : C'est un peu langue de bois ce que vous me dites. Si vous comptez rassembler les voix de la gauche anti-libérale, il les rencontrer

K. Drissi : Ah mais c'est prévu ! J'ai déjà des contacts avec Jean-Luc Bouzon. On a été ensemble sur des luttes à Saint-Dizier, il n'y a pas de problème.

MT : Revenons un peu sur la situation du PS en Haute-Marne. Faire campagne sans le soutien des militant socialistes, ce n'est pas trop dur moralement ?

K. Drissi : A ma grande surprise, j'ai beaucoup de gens qui sont venus spontanément vers moi. Des anciens militants et d'autres personnes. Ils viennent avec moi tracter sur les marchés, coller des affiches, etc.

Moralement ? Moi, vous savez, plus on me tape dessus, plus ça me motive !!

MT : mais certains disent que vous avez été parachutée pour les législatives. Vous n'avez pas l'investiture de la fédération de Haute-Marne. Avez-vous un avenir dans cette fédération après les législatives ?

K. Drissi : Mais je ne suis pas parachutée !! C'est totalement faux et je tiens à rappeler encore une fois que je suis haut-marnaise !

J'ai saisi la commission nationale des conflits du PS pour demander l'exclusion d'Eric Loiselet qui, malgré son communiqué hypocrite de soutien à ma candidature, ne met toujours pas à ma disposition les moyens de la fédération. Sans parler de tous les problèmes qu'il m'a causé depuis un an, depuis mon investiture !

Je ne doute pas un instant de son exclusion du parti socialiste et j'espère ramener d'anciens camarades qui n'ont pas repris leur carte depuis plusieurs années.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas reprendre la fédération ?

MT : Donc vous envisagez de vous implanter politiquement en Haute-Marne ?

K. Drissi : Oui !! Et puis, il y a d'autre élections à venir très prochainement : les cantonales et les municipales.

MT : Vous comptez être candidate aux municipales à Saint-Dizier ?

K. Drissi : Oui !

MT : Et s'il y a de nouvelles candidatures dissidentes aux municipales ?

K. Drissi : Je rappelle que Monsieur Loiselet n'habite pas à Saint-Dizier. Ça va être compliqué pour lui. Il a fait du bruit mais à Saint-Dizier, personne ne l'a jamais vu.

Mais nous sommes en démocratie et si d'autres personnes veulent se présenter, je ne peux pas les empêcher. Je peux discuter avec eux mais je ne vais pas non plus leur interdire de se présenter.

Photo M. Tanner

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