Encore les neuf dixièmes des porteurs de fusil ne le comprennent-ils pas. C'est pourtant de l'excellent français, qui désigne la trace d'un grand animal, cerf ou sanglier, et qui signifie: "Vois, ce l'est !" Autrement dit, c'est la marque laissée sur le sol par la bête que nous cherchons, et qui se détache de la neutralité générale, en indiquant en même temps la direction qu'elle suit, le poids, le sexe...!

Ce mot particulier au langage de la chasse, je l'ai vu orthographié de diverses façons, la plus ancienne étant:"Vol ce l'est", et je l'ai entendu prononcé par les piqueux ou les gardes du château de Cirey, qui l'avaient eux même reçu de leurs devanciers.

Il faudrait citer aussi le terme de "travail", désignant les profonds sillons creusés par le sanglier dans la terre des forêts, pour y trouver les fruits enterrés et souvent les truffes, en arrière-saison. Les gardes savaient très bien exploiter cette recherche en soulevant le sol, en bordure du "travail", pour y trouver le célèbre tubercule souterrain, sans avoir besoin d'un chien truffier, très cher à l'achat, et très difficile à dresser.

L'un de mes amis en possède un, excellent, qui sait à merveille indiquer les truffières en grattant d'une patte négligente l'endroit précis où elle se trouvent, dans des secteurs où l'on ne soupçonnerait pas qu'il y en eût. Mais je ne dirai pas qui, ni où !

Il faudrait encore dire un mot des "bruits" annonciateurs de l'arrivée du grand animal, qui font tellement battre les coeurs. Parmi les êtres immobiles que sont les "arbres religieux", comme dit Hugo, il y a le don de mobilité, et c'est pourquoi le bruit faisait partie de son signalement. Quel chasseur n'a pas éprouvé d'émotion, en entendant "casser du bois", parfois de fort loin.

Je me souviens du "lancer" (encore un mot du jargon chasseur) d'un grand sanglier, par un calme plat, que l'on entendait venir un grand galop, d'au moins cinq cents mètres de distance.

Si c'est un cerf, il s'y ajoute le bruit des bois, qui claquent dans les perches "on aurait dit un menuisier" disait un ami chasseur, à propos de l'arrivée d'un grand "dix-cors".

Quand il s'agit d'une grande compagnie, c'est encore bien autre chose, un bruit sourd comparable à nul autre, que produisent les sauvages voyageurs.

En vérité, tout le monde pâlit devant ce type d'émotions, que je préfère appeler "esthétiques", car ce qui nous touche au plus profond, c'est la beauté, la puissance de la vie sauvage, une vie qui ne doit rien à l'homme, qui ne saurait que la détruire, faute de pouvoir la créer.

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