Martin Hirsch aux Solidarités Actives contre les pauvretés : les souhaits d'Eric Loiselet

"Avant d'aller plus loin, je salue, la nomination, hors gouvernement, de Martin Hirsch comme Haut Commissaire aux Solidarités Actives contre les pauvretés. Cette nomination, inspiré par une décision similaire prise par Tony Blair en 1997 au début de son premier mandat, traduit l'intention du nouveau Président de saisir à pleine main la question de la lutte contre la pauvreté. La gauche ne l'avait pas fait, ou pas comme ça, entre 1997 et 2002. Je souhaite que Martin Hirsch dispose des moyens de mener une action publique dans ce domaine. Au delà des intentions, c'est bien à la réalité des actes qu'il faudra apprécier ce gouvrenement."

Se féliciter de la parité homme/femmes

"Si ce gouvernement comporte 11 anciens ministres ou anciens secrétaires d'etat, il compte 5 nouveaux venus, qui, hormis Hervé Morin, ex proche de F. Bayrou, sont surtout 4 nouvelles venues : R. Dati, V. Pécresse, C. Boutin, et C. Albanel. On ne peut que se féliciter de la mise en œuvre de la parité à ce niveau, parité confortée par les compétences dont témoignent les intéressées.

Mais cette mise en scène sera-t-elle durable ? On se souvient du sort des 'juppettes' débarquées au bout de quelques mois du 1er gouvernement d'Alain Juppé."

Besson : l'homme des lobbies

"Ce gouvernement est aussi celui des transferts (transfuges ?) individuels avec la nomination de MM. Kouchner, Besson et Jouyet venus des rangs socialistes, et de M. Morin, venu des rangs de M. Bayrou.

L'habileté du nouveau Président se révèle à travers ces choix : il stupéfie ses opposants et, comme on le sait la sidération est synonyme de paralysie. Ceci étant, les transfuges venus du centre gauche représentent-ils autre chose qu'eux-mêmes ? Je doute, au delà de la manoeuvre, qu'ils soient suivis. Le nouveau Président, tout à l'habileté de la manoeuvre, risque d'avoir brûlé ses vaisseaux. Il tente de mettre ses pas dans ceux du Général de Gaulle, qui avait su se rallier des hauts fonctionnaires mendésistes et des réformateurs progressistes. Ainsi Edgar Pisani, Jacques Delors, avaient été tentés par le gaullisme des origines, ou par le chabanisme. L'un comme l'autre, ont rejoint les rangs de la gauche soit avec Michel Rocard pour le premier, soit avec François Mitterrand pour le second. Et puis n'est pas Pisani ou Delors qui veut : Besson, qui apparaissait déjà au PS comme l'homme des lobbies, ne leur arrive pas à la cheville. Pour Kouchner, à 67 ans, il n'y aura pas de retour. Enfin pour Jouyet, il semble que la logique technocratique explique son évolution."

Alain Juppé : une des faiblesses du dispositif ?

"Le retour d'Alain Juppé est un pari : l'homme qui a mis la France dans la rue dans l'hiver 1995 - 1996 et qui a été à l'origine de la dissolution de 1997, n'incarne-t-il pas déjà une des faiblesses du dispositif : l'incapacité, au fond, de la classe politique française de se renouveler vraiment. Avec Juppé ce sont les années 90 qui reviennent au gouvernement. Son passage à Montréal l'aurait métamorphosé en disciple d'Al Gore et de Nicolas Hulot ? C'est au pied du mur que l'on verra le maçon. Les enjeux planétaires et l'urgence de l'adoption de mesures fortes sont tels que je me garderai, aujourd'hui de condamner avant d'avoir vu. J'ai tout de même un doute sur la capacité d'Alain Juppé de rompre avec les lobbies industriels et financiers."

Le Ministère de l'immigration et de l'identité nationale, promis par M. Sarkozy pendant sa campagne est créé et confié à un homme de confiance du Président. Nul doute que ce sera un Ministère actif. Comment Kouchner réagira-t-il ? Fermera-t-il les yeux ?

Kourchner aux affaires étrangères : orientation atlantiste

La nomination de Kouchner (qui n'est plus membre du PS) aux affaires étrangères confirme le cours atlantiste de la nouvelle politique étrangère que veut conduire le nouveau Président. Il a, avec Kouchner, une convergence de fond : tous deux étaient favorable à l'intervention américaine en Irak. Quelle aventure diplomatico-militaire vont-ils proposer au pays ? La cause d'Ingrid Bettancourt, celle du Darfour, jointes à la volonté de redonner à la France une image qu'ils estiment ternie, vont-elles conduire le Président et son Ministre à des initiatives hasardeuses, qui méneraient nos troupes dans une impasse ?"

Le deuil du "non" à la constitution européenne

"Constatons enfin que la page du refus du Traité consitutionnel européen par les Français en 2005 est bien tournée : Kouchner a été un ardent militant du OUI, de même que son secrétaire d'Etat aux affaires européennes, M. Jouyet. Cette réalité, associée au refus de M. Sarkozy de soumettre à nouveau à réferendum le futur Traité auquel il va travailler, signifie que le peuple français va se voir privé de la possibilité de peser sur le cours des affaires de l'Europe. Cette revanche a posteriori du 'Oui', mise en scène par les premiers jours du nouveau Président, qui cherche sans doute ainsi à s'autoattribuer un brevet de 'bon européen', augure mal de la volonté réelle de M. Sarkozy d'honorer son engagement du 6 mai au soir de faire une Europe qui protège."

Nicolas Sarkozy veut imposer un nouveau régime sous contrôle de l'Elysée

"Enfin, ce gouvernement traduit la volonté du nouveau Président d'imposer un nouveau régime présidentiel. La rupture est évidente : avec un 1er Ministre quasi directeur de cabinet du Président et des fonctions régaliennes sous étroit contrôle de l'Elysée, c'est un exercice hyper centralisé du pouvoir qui s'avance, pour le meilleur ou pour le pire ?

Cette rupture là, il n'est pas évident que Nicolas Sarkozy ait reçu mandat des Français pour la mettre en œuvre. A l'hyper concentration de l'appui des grands médias nationaux de masse, Nicolas Sarkozy ajoute l'hyper concentration du pouvoir exécutif, et peut-être aussi du pouvoir judiciaire. En juin prochain, il risque de faire aussi main basse sur le pouvoir législatif. Sans contre pouvoir, et alors que la démocratie sociale est atone, cette situation est à l'inverse de ce dont le pays, de mon point de vue, a besoin : une revitalisation démocratique.

'Changement de pâture réjouit les veaux' dit-on dans nos contrées rurales. Et si le changement de pâture que nous offre le nouveau Président n'était qu'un trompe l'oeil ? Après le tournis des premiers jours, n'est ce pas la gueule de bois qui nous guette dans quelques semaines ou quelques mois ?"

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