Royal - Sarkozy : un débat courtois mais sans concession
Par Michel Tanner, jeudi 3 mai 2007 à 01:32 - Election presidentielle 2007 - #979 - rss
Le grand oral de l'élection présidentielle 2007 s'est déroulé dans le respect des adversaires, ce n'est pas une surprise. Pour autant, les deux candidats ne se sont pas épargnés, avec parfois des affrontements très tendus comme, par exemple, l'épisode de la scolarisation des handicapés ou la question du nucléaire, notamment de l'EPR.
A ce stade de l'élection présidentielle, c'est la personnalité de chacun des candidats qui pourrait faire la décision. Chacun des électeurs, en fonction de ses idées, sa culture et son vécu personnel, a probablement déjà fait son choix sur le plan idéologique. Reste, les électeurs centristes et ceux qui votent aux extrêmes. Ceux-ci auront cherché des signes de compatibilité avec leurs valeurs. Les deux candidats ont fait ces dernières semaines quelques grands écarts idéologiques et, tant pour le candidat de l'UMP que pour la candidate du PS, toute la complexité est de pouvoir trouver des voix à leur droite et à leur gauche.
Sur le fond les divergences se sont clairement affirmées, sur la forme, deux personnalités différentes se sont affrontées et révélées, parfois durement.
Economie, travail, nucléaire : des différences idéologiques et fondamentales
Sur le fond, le débat a été sans surprise et c'est normal. Pour ceux qui en doutaient, ce mercredi soir, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont montré l'étendue des différences fondammentales dans leurs conceptions de l'économie et des institutions. Sur la question de l'emploi, pour Ségolène Royal, le progrès social passe par le partage du temps de travail, alors que pour Nicolas Sarkosy il faut travailler plus pour gagner plus. Sur ce point il est évident, qu'en matière de salaire, l'une parlait de taux horaire, quand l'autre parlait du chèque touché en fin de mois. 2 conceptions diamétralement opposées, en effet !
Chef d'état : 2 visions opposées
Un sujet idéologique mais essentiel est souvent souvent revenu au premier plan : la conception du rôle du chef de l'état. Deux points de vue totalement différents sur cette question. Ségolène Royal met en avant la démocratie participative et un certain partage du pouvoir. Par exemple, en décidant qu'il n'y aura aucune réforme du code du travail sans une négociation obligatoire des partenaires sociaux. A contrario, Nicolas Sarkozy préconise une conception plus pyramidale, voire "monarchique." Selon lui, le chef de l'état prend des engagements et doit s'y tenir.

Affrontement et tensions
Sur la forme, bien que courtois la plupart du temps, le débat a été un réel affrontement où aucun des deux adversaires n'entendait rien lâcher. Là aussi, on a vu deux conceptions et deux attitudes différentes.
Ségolène Royal, paraissait tendue à l'ouverture du débat. C'est d'ailleurs elle qui a attaqué la première, coupant la parole à son contradicteur. Elle était sur la défensive les premières minutes mais, très vite, elle s'est installée dans le débat.
Peut-être n'avait-elle pas oublié les nombreuses critiques de début de campagne ni ceux qui, il y a quelques mois, la voyaient s'effondrer dès la primaire socialiste. Elle n'a jamais laissé passé la moindre remarque de son adversaire, imposant même sèchement à Patrick Poivre d'Arvor, de lui laisser la parole pour se faire respecter de son adversaire.
Voulant souvent être précise dans ces démonstrations, revenant sans cesse sur un argument tant qu'elle n'avait pas le sentiment d'avoir été comprise, Ségolène Royal avait un ton posé et ferme mais a "tapé sur la table" quand elle était repoussée dans ses retranchements, ne voulant pas céder sur le terrain des valeurs fondamentales. Globalement elle a tenu le débat d'une façon "gaullienne."
Mais cette façon de reprendre un argument pouvait paraître confus, ce que n'a jamais manqué de faire remarquer Nicolas Sarkozy. "Mais tout est lié" répondait le plus souvent la candidate socialiste montrant ainsi qu'elle avait une vision globale des grands sujets.
Sarkozy, au contraire voulait traiter chaque question l'une après l'autre et les incessants retours en arrière de Ségolène Royal semblaient le destabiliser.
Deux conceptions différentes de mener un débat...
Nicolas Sarkozy, semblait crispé au tout début et s'est bien gardé d'attaquer de front son adversaire. Visiblement, lui non plus n'a pas oublié les attaques dont il a fait l'objet, en substance cette qualification d'homme "dangereux" qu'il traîne depuis plusieurs semaines. Régulièrement, il a fait allusion au respect de l'homme politique, au fait qu'il s'engageait, aux promesses qu'il tiendra... En résumé, il a voulu s'imposer comme un chef d'état volontaire, actif et sérieux, sur lequel on peut s'appuyer en toute confiance. Un discours constant sur la droiture que doit avoir un chef d'état. Mais cela ne manquait-il pas un peu d'envergure ?
Les handicapés qui fâchent
Un des moments les plus fort a été le bras de fer que se sont livrés les deux candidats quand Nicolas Sarkozy a cité l'intégration des handicapés pour illustrer un point de son programme (Le droit opposable).
Le candidat UMP déplorait que seulement 40 % d'enfants handicapés avaient actuellement accès aux mêmes écoles que les enfants non handicapés. "Moi, je m'engage sur des résultats", a affirmé le candidat UMP expliquant que s'il est élu, des parents pourront faire valoir leur droit opposable devant les tribunaux si leur enfant handicapé n'est intégré en milieu scolaire. "Je pense que l'on atteint le summum de l'immoralité politique", s'indignait alors Ségolène Royal. Moment de grande tension où la candidate socialiste a vivement accusé Nicolas Sarkozy d'utiliser la question des handicapés "la larme à l'oeil" alors que, selon elle, il avait supprimé le plan handiscol qu'elle avait mis en place quand elle était au gouvernement. Plan qui avait permis, selon Royal, d'intégrer "tous les enfants handicapés" dont les parents avait fait une demande.
Le candidat UMP a répondu en relevant que Ségolène Royal avait perdu son sang-froid. "Je suis en colère" a précisé la candidate, martelant qu'il y a des "colères saines" et revendiquant, si elle est présidente, le droit d'être en colère face à des injustices. Le sens des nuances ! Affrontement très vif, donc, où Ségolène Royal, pour certain, a montré qu'elle ne lâche rien quant on l'attaque sur sa stature de chef d'état. Pour d'autre, elle a manqué de sang-froid.
C'est ce moment qui a peut-être été décisif dans ce débat. Réponse dimanche...
Quoiqu'il en soit, les deux candidats ont globalement donné une prestation de très bon niveau. Cela n'a pas toujours été ainsi par le passé.
Photogaphies de Guillaume Paumier (photo Royal) et Wikipédia (photo Sarkozy)
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Commentaires
1. Le jeudi 3 mai 2007 à 10:24, par DIDI MZURU ARNOLD
2. Le jeudi 3 mai 2007 à 13:27, par refe
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