Quelques grandes figures du canton de Doulevant le Château (2007/12) La mort de Madame du Chatelet (Suite)
Par Hubert Saget, mardi 27 mars 2007 à 23:53 - Un peu d'histoire - #864 - rss
L’altération de la santé physique fut peu de choses à côté de la dégradation de l’équilibre moral. Cette grossesse avait été, bien sûr, très mal acceptée ; La réussite de la comédie imaginée par Voltaire pour attribuer la grossesse au mari apporta un grand soulagement. Mais elle ne connut de vraie atténuation de ses tourments que lorsqu’elle fut certaine de pouvoir accoucher à Lunéville, près de Saint-Lambert.
Toutefois il semble qu’elle ait eu le pressentiment d’une terminaison malheureuse de sa gestation et de son accouchement.
Dans les derniers temps de sa grossesse, les appréhensions prirent un véritable caractère d’idée fixe. Elle avait fait son testament, brûlé une quantité de lettres. Enfin elle continue de travailler avec acharnement à la traduction de Newton, comme si elle savait qu’elle ne pourrait plus y travailler après.
Toutes les dispositions avaient cependant été prises pour que son accouchement se réalise dans les conditions les plus favorables : On avait mis à sa disposition le petit appartement de la Reine (la reine Opalinska était morte deux ans auparavant).
L’accouchement, dans la nuit du 3 au 4 septembre, se fit le plus simplement du monde. On ne nous parle pas de la délivrance.
« J’espère, écrit le professeur Hartemann, que cette délivrance n’a pas été oubliée dans l’utérus ».
Tout allait bien dans les premiers jours, si bien que Stanislas partit le 7 septembre pour la Malgrange. Elle se sentait seulement une grande faiblesse.
La mort fut presque subite, six jours après l’accouchement. L’absorption d’un verre d’orgeat glacé aurait été le « commencement de la fin».
Longchamp nous dit que » le temps était très chaud, et que la fièvre de lait survint, qui accentua l’incommodité de la chaleur».
Nous savons aujourd’hui que la fièvre de lait n’existe pas, continue l’éminent obstétricien, et qu’en réalité toute fièvre chez une accouchée récente signifie peu ou prou une infection.
Cette fièvre aurait été la cause de la soif de la malheureuse Madame du Chatelet. On finit par lui donner, après bien des réticences, le grand verre d’orgeat qu’elle réclamait.
Les étouffements, les suffocations apparaissent , qui font penser à une histoire pulmonaire. On fit venir deux praticiens célèbres de Nancy : Bagard et Salmon, qui lui prescrivirent quelques drogues, on ne sait pas lesquelles, la malade s’assoupit.
Quelques minutes après, les témoins (Longchamp, Mademoiselle Dutheil, une femme de chambre et Saint-Lambert) entendent une sorte de râle entrecoupé de hoquets. Ils ne parviennent pas à la tirer de cet état de léthargie : elle était morte.
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