Le Père de Menoux ne manqua pas de faire observer que c'était le lieu même où Mme du Chatelet avait donné des spectacles que l'Eglise condamne.

Stanislas voulut que les plus grands honneurs lui fussent rendus. Toute la cour assista aux funérailles. Le 11 septembre elle fut inhumée à l'église Saint Jacques, sous une grande dalle de marbre noir, sans nom ni date.

Il faut maintenant que j'ajoute à ce récit quelques précisions qui m'ont été fournies par des médecins de la région de Nancy, à qui je faisais visiter le château de Cirey, il y a environ quatre ans.

Ils m'ont fait connaître le discours de réception à l'Académie Stanislas, du professeur Jean Hartemann, intitulé "La folle Emilie", sur la mort de madame du Chatelet.

Le professeur était titulaire de la chaire de gynécologie et d'obstétrique à la Faculté de médecine, et donc particulièrement qualifié pour analyser les symptomes de sa maladie, et en tirer des conclusions, différentes de celles qui sont habituellement admises.

M. Hartemann s'était proposé "d'éclairer le mystère de cette mort des suites de couches".

D'abord il rappelle une prière,jusque là inédite, qu'il trouve à juste titre admirable, en exprimant le vœu que "si la considération de l'état des moeurs au cours de ce milieu du XVIIIème siècle ne doit pas suffire à obtenir votre indulgence pour notre héroïne, vous la lui accordiez en raison de ce qu'elle a pu écrire une telle prière".

"Cette prière, ajoute-t-il, a sans doute été écrite dans l'angoisse où la pauvre femme se trouvait de l'attente d'un accouchement qu'elle prévoyait fatal. Peut-être même...sont-ce ses ultimes forces qui auront servi à composer cette prière d'une si étonnante résonance humaine" La voici:

"Seigneur, regardez-moy et ayez pitié de moy. Voyez mes repentances et mes peines et pardonnez-moy mes péchés. Je suis sans ressources si vous ne venez pas à mon secours: Hâtez-vous mon Dieu; Hâtez-vous de m'aider. Je n'ai rien à vous dire, sinon que je n'en puis plus. Entendez mon silence et exaucez mes soupirs: Vous voyez ma détresse,mes combats et mes larmes, et moi je vois mon remède dans votre coeur sacré. Mes amis n'ont que des paroles, mais vous seul avez la vertu pour me guérir; Vous pouvez seul me délivrer de tous mes maux. Agissez donc avec une grande force. Etendez votre main sur moy. Soyez ma lumière dans les ténèbres. Conduisez-moy, je m'abandonne à vous".

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