Un jour, se présentant chez Stanislas, Voltaire lui offre un magnifique exemplaire de "La Henriade", avec ce quatrain:

Le ciel, comme Henri, voulut vous éprouver.

La bonté, la valeur, à tous deux fut commune;

Mais mon héros fit changer la fortune

Que votre vertu sut braver.

Parmi les commensaux de la cour de Stanislas, il y avait un brillant officier, marquis de fraîche date, Saint-Lambert. Il était né à Nancy le 26 décembre 1716.

Son père s'appelait simplement Lambert. Il avait épousé une demoiselle noble à peu près ruinée, Melle de Chevalier, se trouvant ainsi apparenté aux meilleurs familles du pays. Il prit alors le nom plus décoratif de Saint-Lambert, devint lieutenant de grenadiers au régiment des gardes de son altesse. Il fut èlevé dans une camaraderie presque journalière avec les enfants de la famille de Craon, et se trouva intimement lié avec le futur prince de Beauvau.

Comme il savait se donner grande allure, comme il était jeune et fort joli garçon, il devint bientôt la coqueluche des belles dames de Lunéville et de Nancy.

Sa réputation littéraire contribue encore à le grandir; Il compose des poésies qu'on s'arrache dans les salon; Il rime des madrigaux pour les dames; Voltaire lui adresse des épîtres, on le proclame grand poète; Il est célèbre.

Quelques unes des premières productions du jeune poète sont en effet fort jolies. Il passe un hiver chez des parents jansénistes et de là, envoie au prince de Beauvau cette épître où il se moque spirituellement du rigorisme qui l'entoure.

A vivre au sein du jansénisme,

Cher prince je suis condamné,

Et des muses abandonné

Dans le vieux château de Ternai,

Je répète mon catéchisme.

Des intrigues de Port-Royal,

J'apprends à fond tous les mystères,

J'entends mettre au rang des saints-pères,

Nicole, Quesnel et Pascal.

En revanche, il couvre d'éloges les jésuites plus tolérants qui furent ses maîtres à Pont-à-Mousson:

Indulgente société!

O vous, dévôts plus raisonnables, apôtres pleins d'autorité

Le goût polit vos moeurs aimables

Aux charmes touchants du bréviaire

Vous entremêlez prudemment

Et du Virgile et du Voltaire.

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