Ils y furent accueillis en triomphateurs, installés au plus bel endroit du palais, Mme du Chatelet au rez-de-chaussée, à côté du roi, dans les anciens appartements de la reine. Elle se trouvait en pays de connaissance, appartenant par son mari à la plus vieille noblesse lorraine.

Voltaire était au contraire un nouveau venu,précédé toutefois par sa réputation. Il occupera la partie du premier étage située à l'angle du palais, au-dessus de l'appartement de Stanislas. Un escalier intérieur le mettait en communication avec la marquise.

A partir de ce moment commence pour la petite cour de Stanislas une vie d'agitation et de plaisirs, comme elle n'en a pas connnu encore: Succession ininterrompue de fêtes, de spectacles, de soupers, de réjouissances en tout genre. Le roi tient à faire honneur aux illustres hôtes qu'il reçoit, à les distraire, à les charmer.

Le président Héridult juge ainsi Stanislas:"Ce prince est d'une conversation raisonnable et gaie, dit à tout moment les choses les plus plaisantes, raconte juste, voit bien, et d'ailleurs a l'imagination la plus féconde et la plus agréable".

Outre les dîners et les fêtes, Voltaire et Emilie trouvent à la cour ce dont ils ont toujours rêvé: Un magnifique théâtre, avec un public de choix, avide de les entendre. Beaucoup de femmes séjournent à la cour, où leurs maris ne font que passer.

La marquise joue dans "Issé". Elle satisfait tellement son public que le roi demande deux autres représentations.

C'est au point que l'écho en parvient jusqu'à Versailles, où se triomphe ne va pas sans susciter des sentiments d'envie, qui s'expriment dans des libelles comme celui-ci:

Il n'est de plus sotte guenon

De Paris en Lorraine

Que celle dont je tais le nom

Qu'on peut trouver sans peine.

Vous la voyez coiffée de fleurs

Danser, chanter sans cesse;

Et surtout elle a la fureur

D'être une grande princesse.

Cette princesse a cinquante ans

Comptés sur son visage

Elle a des airs très insolents

Du monde aucun usage

Elle est dépourvue d'agréments

Chargée de ridicule

Et pour M. de Guétriant

Elle a pris des pilules.

On ignore, il va sans dire, l'auteur de ce méchant poème, mais il traduit les états d'âme des personnages oisifs de ces petits mondes si artificiels que sont les cours de l'époque.

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