Car, si les relations entre le monarque et l'écrivain sont devenues houleuses après avoir longtemps été idylliques, du moins se sont elles situées dans le cadre d'une bonne entente entre les deux pays.

Malgré la révocation de l'Edit de Nantes, la Prusse devenue en majorité protestante demeurait en harmonie avec la France de Louis XV, à dominante catholique.

Certes, la belle unité européenne formée par la "chrétienté", n'était plus qu'un souvenir. Des traités de Westphalie était sortie une nouvelle Europe. Rappelons-nous ce jugement porté sur le Moyen-Age européen par l'un des meilleurs spécialistes de cette époque, Karl Burckhardt, de la dynastie des historiens de Bâle qui ont toujours eu, à partir de leur observatoire helvétique, une vision panoramique des choses européennes qui n'appartient qu'à eux: "Le XIIème siècle ne fut-il pas l'un de ces instants les plus hauts ? Alors tout avait de nouveau jailli à la clarté de la chrétienté comme des sources étincelantes qui bouillonnaient en chantant un chant magnifique. Bysance résonnait à l'unisson. Le monde arabo-sémite en faisait également partie. De la Crimée aux Iles Britanniques, de la Corne d'Or jusqu'à Grenade, il n'y avait qu'un seul style, et Dante était encore à naître, et Giotto point encore né. Qui donc, dans les fumées des charbonnages du XIX siècle, a osé parler du "sombre Moyen-Age" ?".

Les croisades avaient bien laissé quelques cicatrices, mais ce sont les "guerres de religion" qui avaient causé les fractures les plus graves. Mais pas au point d'engendrer l'hostilité entre les deux pays. En revanche, les guerres issues de la Révolution sont à l'origine des terribles massacres, qui ont ensanglanté l'Europe.

Après Iéna et Amerstaedt, la Prusse n'eut pas d'autre perspective, pendant tout le XIXème siècle, que le réarmement intensif qui la rendit prête à affronter victorieusement la France en 1870.

De plus les armées françaises napoléoniennes d'occupation, avaient reçu l'ordre de tirer leur subsistance du pays occupé. Stendhal, Commissaire aux armées, avait été félicité par Napoléon pour avoir permis à ses soldats de vivre des réquisitions faites dans les territoires occupés. Jérome Bonaparte avait été fait roi de Westphalie.

Toutes ces exactions contenaient en germe les conflits effroyablement meurtriers des XIX et XXème siècle, et le cycle de représailles qui ont engendré pour la France une perte de substance irréparable.

Comment ne pas regretter le climat de tolérance, même imparfaite, qui régnait au XVIIIème siècle entre les nations de l'Europe, et permettait la coexistence pacifique dont témoignent les relations longtemps cordiales de Voltaire et de Frédéric II ?

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