Par malchance, ces manuscrits ont été expédiés à Hambourg avec d'autres piles de livres, et il va falloir les récupérer, ce à quoi va s'employer Colini, le secrétaire de l'écrivain.

En attendant Voltaire est en "garde à vue", non sans quelque illégalité, car Francfort est une ville d'Empire, qui échappe à la juridiction de Frédéric.

En souvenir de cette nuit de Francfort, voici ce qu'écrivit Voltaire:

"Quand sur les bords du Maine deux écumeurs barbares

Epuisaient contre moi leurs lâches cruautés

Le travail occupant ma fermeté tranquille

Des arts qu'ils ignoraient leur antre fut l'asile".

"C'était à la fois la meilleure façon de se consoler et de se venger" écrit Drieux. Les vrais plaisirs de cet homme qu'on dit léger sont austères

"Le travail est le lot et l'honneur d'un mortel, je m'aperçois tous les jours qu'il est la vie de l'homme. Il ramasse les forces de l'âme et rend heureux" dit encore Voltaire à propos de cet "incident de parcours".

Son secrétaire Colini fut un admirable soutien de son ma²icirc;tre dans l'adversité. Cette amitié de ceux qui le servent fait l'éloge de l'écrivain. Ils l'exploitent mais ils l'aiment, et lui leur pardonne parce qu'il se sent aimé et parce qu'il aime.

Le bruit de sa détention s'était répandu dans la ville. Il y avait parmi eux le libraire Van Duren de La Haye. Les gens de Francfort veulent faire intervenir le Conseil de la Ville en faveur de Voltaire.

Il demande à faire sa cour au duc de Meiringen. Refus poli de son "ange gardien", l'émissaire de Frédéric, Freytag. Il demande à changer d'hôtel: Encore un refus. Voltaire éclate en menaces de le dénoncer au roi...Freytag se demande si son zèle ne va pas se retourner contre lui. Jamais chasseur ne fut plus embarrassé de sa proie.

L'écrivain demande l'asile de l'Empereur, en lui promettant de tout faire pour contribuer à sa gloire. Trahi par le roi de Prusse, il est prêt à le trahir au profit de l'Empereur.

Un habitant de Francfort l'avertit qu'il avait tout à craindre. Il écrit aussitôt au conseiller intime de sa Majesté Impériale pour demander à être traité comme son chambellan: Démarche insensée que rien ne justifiait.

Il écrit aussi à d'Argental, à la cour de Versailles, sur le ton de la résignation, sachant qu'il n'obtiendrait pas grand-chose de la cour, où on n'avait pas oublié ses incartades, et où les éloges outrés de Postdam apparaissaient à juste titre comme une critique implicite de Versailles.

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