Quelques grandes figures du canton de Doulevant le Château (2007/1)- Frédéric II
Par Hubert Saget, mercredi 3 janvier 2007 à 18:14 - Un peu d'histoire - #698 - rss
Depuis le 8 août 1736, date à laquelle il adressa sa première lettre à Voltaire, une correspondance suivie, énorme par la fréquence et la longueur de chaque missive, a été échangée entre Cirey et Köenigsberg.
Frédéric et Voltaire se congratulent, s'admirent, dans un langage surprenant, celui du grand amour, s'adorent comme des dieux. "Monseigneur, écrit Voltaire, vous serez l'amour du genre humain...Pourquoi n'êtes vous pas un homme comme les autres ? Vous êtes comme le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, vous communiquez avec les fidèles par le ministère des anges"..
"Voltaire, répond Frédéric, vous êtes un homme unique, un exemple de vertus...Ma raison vous rend justice comme au plus grand homme de France. Si jamais je vais dans votre patrie, je ne demanderai à voir ni le roi, ni sa cour, ni Paris ou Versailles, ni le sexe et ses plaisirs, mais Voltaire, oui, vous seul"..
A propos de la réédition du "Siècle de Louis XIV (le livre de poche classique, 1214 p.), en 2006, Stéphane Denis observe dans le Figaro-Magazine, que sa disgrâce lui a rendu le service que son exil allait rendre à Victor Hugo, une réputation magnifique et du temps pour travailler. C'est pour apprendre l'histoire à madame du Châtelet, à Cirey, en lisière d'une Lorraine encore étrangère, qu'il commence ce "Siècle de Louis XIV".
Disons les choses comme elles sont: Voltaire considère que Louis XIV est un grand homme parce que le roi a protégé de grands hommes.
C'était une façon de faire la leçon à son successeur. Louis XV avait nommé Voltaire son historiographe, ce qui lui avait permis d'entrer à l'Académie. Hélas Voltaire était un parvenu. Il se montra familier avec la cour, et dut quitter Paris.
Les écrivains ont parfois du mal à rester à leur place, qui est la première, et ne gagnent rien à chanter les louanges du pouvoir.
Voltaire s'y attela avec constance après être tombé dans les bras du roi de Prusse. Il se jeta dans la "collaboration" avec un appétit qui vous lève le coeur quand on lit sa correspondance. Non content d'applaudir aux défaites françaises, cet intellectuel vendu cira les pompes du "Salomon du Nord", comme il l'appelait, sans se laisser décourager par les rebuffades que lui valait, à Berlin comme à Versailles, son goût pour l'égalité, dès lors qu'il s'agissait d'être égaux dans le gratin.
Heureusement il restait drôle et pessimiste, considérant que le monde était horrible et l'homme capable du pire. La seule chose qu'il n'avait pas prévu est que le monde, c'est-à -dire la France (à cette époque la France était tout), allait renoncer à la raison, à l'esprit et à l'équilibre des choses, en lui préférant Jean-Jacques Rousseau.

















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