"Nous ne connaîtrions peut-être rien de tous ces domestiques, ni de la vie quotidienne du château, si la lourde justice et son disert greffier ne s'étaient offert le voyage de Chaumont jusqu'à Cirey" note Jean Gigot "et si tout ce monde ne s'était rencontré le 10 août 1736 et les jours suivants en la maison de M.Perrin...pour comparaître devant le lieutenant-criminel du bailliage".

Il faut croire que l'apareil judiciaire de l'époque, autre contraste avec le nôtre, n'avait pas grand-chose à se mettre sous la dent, pour que ces quelques larcins supposés provoquent un pareil déploiement d'autorités.

La plainte n'émane pas de la marquise, grande dame qui se défend "d'être partye au procès",mais du procureur du roi lui-même désireux d'aller faire un tour du côté de Cirey, pour montrer aux gens du pays qu'on était un peu là! D'ailleurs, c'est lui-même qui le dit "Ces crimes auraient resté depuis toujours dans l'impugnité (sic)par la tièdeur des officiers des lieux; C'est pourquoi ledit procureur du roi en rend plainte".

Quel était donc l'auteur de ces"crimes"?

C'était, tout bonnement, la pauvre gamine Jeanne Foissy. Elle seule connaissait en détail tous les lieux. Elle seule avait " la confiance et le secret de la dame du Château". Elle seule avait accès au cabinet de "M.Arouette de Voltaire". Elle seule connaissait les clefs et les secrets... "A cet âge, et surtout quand on est du sexe faible, on aime à fureter gentiment, et l'on a l'oeil ouvert", note Jean Gigot. Bref, la voleuse c'était "la Jeanne Foissy".

Là-dessus la gamine est accablée de questions...

Jeanne Foissy répond que "le jeune Chambonin et elle accusé y ayant perçu un petit bout de ruban contre le dos du sauphas en cherchant la navette de la dame du Châtelet, elle aurait tiré le bout du ruban, après lequel estoient attachées les clefs, les auroit reconnuës, et les auroit renduës au sieur de Voltaire comme il soupait". (N'est-ce pas mignon cette image de ces deux gamins jouant ainsi dans cette demeure qui devait devenir historique?).

Elle ajoute que "le sieur de Voltaire l'a envoyée chercher plusieurs fois dans son appartement, l'a interrogée sur la perte qu'il disait avoir fait, l'a menacée et maltraitée,l'a flattée de lui procurer toutes sortes de liberté, luy a même promis de l'argent, de beaux habits, si elle voulait déclarer qu'elle l'a vollé, et ce sont ces apas et mauvais traitements, qui l'ont engagée à faire ces déclarations".

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