Quelques grandes figures du canton de Doulevant le Château (XXXV).Comment vivait-on à Cirey (Suite).
Par Hubert Saget, mercredi 29 novembre 2006 à 17:17 - Un peu d'histoire - #608 - rss
L'importance des quatre tableaux d'Oudry qui ornent la salle à manger du château de Cirey nous incite à dire encore un mot de cette oeuvre, essentielle pour la compréhension de la peinture en France au XVIIIème siècle, comme l'a souligné la directrice du musée d'état de Schwerin, dans la préface qu'elle a écrite pour le récent ouvrage "Les animaux d'Oudry".
Que l'on regarde les deux oeuvres qui se font face, sur les parois Est et Ouest de la salle à manger, puis les oeuvres les plus célèbres de Chardin, celles notamment qui lui ont permis d'entrer à l'Académie royale de peinture en 1728, "Le Buffet", ainsi que "La Raie".La composition du "Buffet" confère à la nature morte (mieux nommée par les anglo-saxons, la "Still Life",la "vie silencieuse")un faste solennel inspiré de Desportes et de Oudry, que la présence du chien, incursion vivante dans ce monde silencieux, ne fait que renforcer.
Dans les unes et les autres la composition géométriquement équilibrée, l'harmonieuse disposition des objets, sur lesquels l'artiste promène un regard de poète, la simplicité des éléments en dépit de l'apparat de l'ensemble,la gamme à la fois lourde et lumineuse des tons employés par Chardin se retrouvent chez les deux auteurs, avec toutefois une différence: La présence silencieuse de la vie, à Cirey, sous la forme des grands chiens blancs présents dans beaucoup de tableaux d'Oudry,alors que bientôt Chardin consacrera son talent au simple groupement de quelques objets sur une table de cuisine.
L'inspiration nordique de cette peinture frappa les contemporains à tel point que Largillières et Cazex auraient pris "Le Buffet" pour la copie de quelque tableau hollandais. Mais il y a une facette de l'art d'Oudry qui n'apparaît pas ici, ce sont les fameux "portraits d'animaux" dont Oudry s'était fait une spécialité, et qui furent tant prisés dans un siècle amateur de chasse et d'exotisme.
Tel avait été le but de la fameuse Ménagerie de Versailles par Le Vau pour Louis XIV, malheureusement disparue. Mais peut-être peut on se faire une idée de cet aspect de son talent, d'après le tableau "La chasse au sanglier", qui suppose une connaissance approfondie des attitudes de l'animal furieux et des chiens agressifs ou blessés, que seul avait pu acquérir le peintre officiel des "chasses et des chiens du roy", qui figure sur la partie Sud-Ouest de la salle à manger.

















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