Quelques grandes figures du canton de Doulevant (XXVIII) - Comment vivait-on à Cirey ? (Suite)
Par Hubert Saget, mardi 10 octobre 2006 à 19:19 - Un peu d'histoire - #490 - rss
Mais Voltaire savait aussi bien assombrir un souper, qu'il était capable de l'éclairer. Pour des vétilles, il se vexe, refuse de venir dîner, ou s'il vient, ne desserre pas les dents, quitte, un quart d'heure plus tard, à se retrouver de la meilleure humeur.
Graffigny raconte de ces scènes, parfois violentes, où l'altercation se faisait en anglais, que Voltaire parlait bien, pour avoir passé trois ans en Angleterre, et que la marquise avait appris, non certes pour cet unique but,mais en vue de la traduction de Newton (des lettres surtout, car "Les Principes" étaient écrits en latin).
Voici enfin un dernier témoin à comparaître: Le président Hénaut,"ami" de la marquise du Deffand, en route pour Plombières, fait un détour par Cirey."Si on voulait, dit-il, faire un tableau à plaisir d'une retraite délicieuse, l'asile de la paix, de l'union, du calme de l'âme, de l'aménité, des talents, de la réciprocité de l'estime, des attraits de la philosophie joints au charme de la poésie, on aurait peint Cirey. Un bâtiment simple et élégant un rez-de-chaussée, des cabinets remplis de mécaniques et d'instruments de chimie, Voltaire dans son lit commençant, continuant, achevant des ouvrages de tous les genres".
Le"calme de l'âme" n' a peut-être pas toujours régné, mais toutes ces voix concordent pour décrire la retraite des deux ermites comme un reflet de la civilisation de l'époque Louis XIV. La différence avec le siècle précédent s'est très vite imposée. Entre la gloire et les fastes de Louis XIV et la simplicité de Louis XVI, que symbolise son établi de serrurerie, Louis XV instaure une tradition de prestige royal mesuré, favorisant l'émergence, dans la distribution des espaces de l'habitat, et la conception de son décor, de subtiles diversifications pleines d'audace et de fantaisie.
"Le raffinement du luxe, subtilité de conception, préciosité des matériaux, fini de l'exécution, dont sont investis jusque dans les détails tous les objets destinés au roi lui-même, reste à peine imaginable" observe M.Pierre Dehaye, Directeur des Monnaies et Médailles, dans l'avant-propos du bel ouvrage collectif "Louis XV, un moment de perfection de l'art français" (Hôtel de la Monnaie, Paris 1974, p XXIII).
Mais, du roi, ce luxe rayonne et se diffuse..."On bâtit, on aménage, on décore, on renouvelle le mobilier, on commande portraits et tableaux de genre et de paysage" (Watteau, Oudry à Cirey), mais aussi quantité de tapisseries et soieries, porcelaines, orfèvrerie, argenterie, livres, miniatures. Le budget "intérieur" prend une importance sans précédent.

















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