Quelques grandes figures en Haute-Marne - (XXIII) - Comment vivait-on à Cirey (suite)
Par Hubert Saget, mercredi 6 septembre 2006 à 19:44 - Un peu d'histoire - #409 - rss
"Mais le raffinement suprême, écrit Orieux - Inouï à l'époque - c'est la salle de bains. Le pavé est en marbre,les murs en carreaux de porcelaine, un cabinet attenant est lambrissé vert-céladon avec sofas et petis fauteuils dorés et sculptés pour se reposer du bain! Il y a des vitrines de livres aussi, tout est verni, fignolé, brillant. La cheminée est une miniature". "C'est un bijou à mettre en poche"dit Graffigny, délirante. "Si j'avais un appartement comme celui-là ,je me ferai réveiller la nuit pour le voir".
Quand à Graffigny elle-même, elle est reléguée sous les combles. Sa chambre est"une halle par la hauteur et la largeur, où tous les vents se divertissent par mille fentes qui sont autour des fenêtres, et que je ferai étouper, si Dieu me prête vie".Il n'y a pas de vue: On a le nez sur une montagne qui la remplit (le Château-Gaillard probablement). La cheminée est si vaste qu'on y brûle une demi-corde de bois par jour. Le cabinet et la garde-robe sont percés de fentes". Au demeurant, tout ce qui n'est point l'appartement de Voltaire et de la dame est d'une saloperie à dégoûter".
Admirons au passage cette langue du XVIII ème siècle, si brève, si élégante, où l'on écrivait comme on parlait.
La vie au château était monacale, rythmée par une cloche qu'ils avaient fait mettre pour donner les heures du lever, du travail, des divertissements et des repas.
Voltaire avait toujours été très avare de son temps. Sinon comment eût-il pu réaliser cette prodigieuse production épistolaire et littéraire?
Quel était l'emploi de ce temps? Voici ce qu'en écrit le chevalier de Villefort après sa visite de Cirey en 1736:"Le lieu lui semble étrange", un peu mystérieux où deux ermites un peu excentriques jouissent, au désert, de tous les raffinements de la civilisation et de la culture.
Le chevalier arrive au soir tombant. Il traverse une cour, deux cours, trois cours. Il sonne: Longue attente. Tout est en léthargie. Enfin paraît dans l'ombre une femme de chambre se guidant avec une lanterne. Longs couloirs. Il demande à voir la marquise. La marche reprend, presque à tâtons tant la lueur est faible. Une porte s'ouvre: Miracle! Un salon resplendissant. Le chevalier s'arrête, ébloui:"La divinité de ce lieu était tellement ornée et chargée de diamants qu'elle eût pu ressembler aux Vénus de l'opéra, si, malgré la mollesse de son attitude et la riche parure de ses habits, elle n'eût pas eu le coude appuyé sur des papiers barbouillés d'X et d'Y, et sa table couverte d'instruments et de livres de mathématiques".

















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