Quelques grandes figures en Haute-Marne - (XXII) - Comment vivait-on à Cirey (suite)
Par Hubert Saget, mercredi 30 août 2006 à 23:30 - Un peu d'histoire - #388 - rss
A ce cadre fixe viennent par intermittences se joindre les visiteurs venus de Paris ou de Lunéville : Maupertuis, son élève Clairaut, qui préfacera la traduction des « Principes », les Denis, nièce et neveu du grand homme, enfin Madame de Graffigny, dont voici la description de l’appartement de Voltaire : "Son antichambre grande comme la main - vient ensuite sa chambre qui est petite, basse et tapissée de velours cramoisi, une niche de même avec des franges d’or. C’est le meuble d’hiver. Il y a peu de tapisseries, mais beaucoup de lambris, dans lesquels sont encadrés des tableaux charmants, des glaces, des encoignures de laque admirable… Des choses infinies dans ce goût là , chères, recherchées, et surtout d’une propreté à baiser le parquet, une cassette ouverte où il y a de la vaisselle d’argent : Tout ce que le superflu, chose si nécessaire, a pu inventer."
Madame de Graffigny parle ensuite d’un baguier, où elle compte onze bagues de pierres taillées et deux diamants. Dans les galeries, deux statues entre les fenêtres : La Vénus-Farnèse et l’Hercule. En face des fenê,tres, les vitrines avec les appareils de physique et "un grand poêle qui rend l’hiver comme au printemps."
Voici l’appartement de la dame : Celui de Voltaire n’est rien en comparaison, la chambre est boisée et peinte en vernis petit-jaune avec des cordons bleu pâle, une niche de même encadrée de papier des Indes Charmant – Le lit est en moire bleue, le tout est tellement assorti que, jusqu’au panier du chien, tout est jaune et bleu. C’est sculpté comme une tabatière! Il y a un Véronèse! Plusieurs Watteau! Un plafond au vernis Martin – Une écritoire d’ambre, envoyée par Frédéric de Prusse, un fauteuil en taffetas blanc, des rideaux de mousseline brodée, une garde-robe pavée de marbre et lambrissée gris-de-lin."
Plusieurs Watteau, lesquels ? « Les cinq sens », « Les trois grâces », « Le baiser pris et perdu » (thème très à la mode chez les peintres de l’époque) « Les oies du frère Philippe ». Que sont-ils devenus, Voltaire se montre ici précurseur, au moment même où Watteau meurt méconnu, lui dont le « Gilles » occupe au Louvre une place d’honneur aujourd’hui.
Faut-il ajouter que la reconstitution faite à Cirey de la chambre à coucher de la marquise, inspirée de cette description, est une réussite assez extraordinaire ?

















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