A ce cadre fixe viennent par intermittences se joindre les visiteurs venus de Paris ou de Lunéville : Maupertuis, son élève Clairaut, qui préfacera la traduction des « Principes Â», les Denis, nièce et neveu du grand homme, enfin Madame de Graffigny, dont voici la description de l’appartement de Voltaire : "Son antichambre grande comme la main - vient ensuite sa chambre qui est petite, basse et tapissée de velours cramoisi, une niche de même avec des franges d’or. C’est le meuble d’hiver. Il y a peu de tapisseries, mais beaucoup de lambris, dans lesquels sont encadrés des tableaux charmants, des glaces, des encoignures de laque admirable… Des choses infinies dans ce goût là, chères, recherchées, et surtout d’une propreté à baiser le parquet, une cassette ouverte où il y a de la vaisselle d’argent : Tout ce que le superflu, chose si nécessaire, a pu inventer."

Madame de Graffigny parle ensuite d’un baguier, où elle compte onze bagues de pierres taillées et deux diamants. Dans les galeries, deux statues entre les fenêtres : La Vénus-Farnèse et l’Hercule. En face des fenê,tres, les vitrines avec les appareils de physique et "un grand poêle qui rend l’hiver comme au printemps."

Voici l’appartement de la dame : Celui de Voltaire n’est rien en comparaison, la chambre est boisée et peinte en vernis petit-jaune avec des cordons bleu pâle, une niche de même encadrée de papier des Indes Charmant – Le lit est en moire bleue, le tout est tellement assorti que, jusqu’au panier du chien, tout est jaune et bleu. C’est sculpté comme une tabatière! Il y a un Véronèse! Plusieurs Watteau! Un plafond au vernis Martin – Une écritoire d’ambre, envoyée par Frédéric de Prusse, un fauteuil en taffetas blanc, des rideaux de mousseline brodée, une garde-robe pavée de marbre et lambrissée gris-de-lin."

Plusieurs Watteau, lesquels ? « Les cinq sens Â», « Les trois grâces Â», « Le baiser pris et perdu Â» (thème très à la mode chez les peintres de l’époque) « Les oies du frère Philippe Â». Que sont-ils devenus, Voltaire se montre ici précurseur, au moment même où Watteau meurt méconnu, lui dont le « Gilles Â» occupe au Louvre une place d’honneur aujourd’hui.

Faut-il ajouter que la reconstitution faite à Cirey de la chambre à coucher de la marquise, inspirée de cette description, est une réussite assez extraordinaire ?

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