Sir Isaac Newton -  First edition copy of his Philosophiae Naturalis Principia Mathematica with his handwritten corrections for the second edition.
Photo: Andrew Dunn - 5 Novembre 2004

Il y avait eu, bien sûr, Shakespeare mais son prodigieux génie n'avait pas été encore reconnu en dehors du monde britannique, non plus que le talent de Milton, lorsque, miracle, paraissent en 1687, deux ans comme par hasard après la Révocation de l'Edit de Nantes, les fameux "Principes" de Newton, produit des méditations commencées dans son ermitage de Woolsthorpe, à 100 km au Nord de Londres, restaurée, auprès de laquelle se trouve encore le célèbre « pommier » qui lui avait suggéré l'idée de la gravitation, si justement dite "universelle".

Et puis, un peu plus tard, sous le règne de la reine Anne, fille de Jacques II Stuart (1702-1714), donc avant la mort de Louis XIV, c'est en Angleterre cette fois, une profusion de talents avec lesquels la France elle-même ne pouvait pas rivaliser: Pope, Swift, Thomson, Addison, Berkeley, Steele.

On sent chez les historiens anglais une espèce d'émotion quand on approche de cette prodigieuse période. Mais, pour que la force vive représentée par l'Angleterre s'épanche et agisse à son tour sur le continent, il y fallait des médiateurs, des introducteurs, des révélateurs, au premier rang desquels, Voltaire.

Et j'ai pu me convaincre, lors du colloque organisé en 1995 au Château du Grand Jardin à Joinville, par mon collègue François de Gandt, de l'université de Lille, que Voltaire est perçu dans les pays anglo-saxons, notamment par les oxfordiens des "Voltaire's Studies" naturellement pas comme l'auteur des tragédies larmoyantes imitées de Racine (Mahomet, Mérope, Zaïre, Mort de César) qui faisaient sa célébrité à son époque, mais pas non plus comme l'auteur de ces contes brillants, percutants, incisifs, surréalistes presque, que nous continuons de lire (Candide, l'ingénu, Zadig, Micromégas). "Six mille coquins quittèrent le meilleur des mondes par la baïonnette", phrase de Candide, dont vous reconnaissez la sûreté du trait.

Mais il est perçu à l'étranger comme le médiateur, l'introducteur, le révélateur qui a permis à l'Angleterre de sortir de son ghetto culturel et à l'Europe de s'ouvrir à l'influence anglaise. Voltaire a permis à l'Angleterre d'être enfin reconnue comme puissance intellectuelle majeure, jouant un rôle de premier plan dans le déplacement du centre de gravité européen, du midi au Nord, et des nations latines aux nations anglo-saxonnes, tellement caractéristique du XVIIIème siècle.

Vous me demandez ce que représente Cirey dans l'histoire des idées ? C'est le début de l'anglomanie.

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La photo est tirée de Wikimedia Commons

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