Or, l’étude de l’œuvre de Newton, celle surtout de l’optique, était de nature à éveiller l’intérêt des "ermites" de Cirey pour la question de la nature du feu. Le chapitre II des "éléments de la philosophie de Newton", consacré à la "nature de la lumière", et publié au début de son séjour, aborde précisément ce sujet. Il y réfute l’opinion de Descartes et de Malebranche, et leur conception mécaniste, qui tentait d’expliquer la lumière par les tourbillons, composés de matière subtile.

Voltaire et Emilie, chacun de son côté, vont donc décider de concourir, avec des moyens très différents, Voltaire fréquentant beaucoup les forges situées en aval et en amont de Cirey, propriété des du Chatelet, la marquise procédant de façon moins expérimentale, plus métaphysique et déductive.

Voici l’une des premières phrases de l'essai de Voltaire : "Nous ne connaissons guère plus la nature intime du feu, que les premiers hommes n’ont dû connaître son existence", opinion que l’édition d’Oxford rapproche justement de celle de Maupertuis, dans le "Discours sur les différentes figures des astres". Je ne crois pas qu’il nous soit permis de remonter aux premières causes, ou encore "la manière dons les propriétés résident dans un sujet, est toujours inconcevable pour nous".

On ne peut qu’admirer cette attitude de prudente réserve, dont Voltaire avait déjà fait preuve à propos de la gravitation, que traduit la célèbre formule de l’auteur des "Principes": "Hypothèses non fingo", et qui inspirera à Kant, lecteur de Voltaire et de Newton, sa doctrine de "l’ inconnaissable".

Nous sommes très loin des excès d’un certain scientisme ultérieur, qui s’exprime surtout à la fin du siècle chez Laplace, et qui lui faisait répondre à Napoléon Ier, lui demandant "Monsieur Laplace, que faites-vous de Dieu dans votre doctrine ?" "Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse."

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