Quelques grandes figures en Haute-Marne (XVI)
Par Hubert Saget, samedi 15 juillet 2006 à 13:53 - Un peu d'histoire - #287 - rss
En septembre 1734, la marquise du Chatelet se décide enfin à rejoindre Voltaire à Cirey. Il faut dire que dans cet intervalle sa renommée avait encore grandi : Il avait été reçu triomphalement à l ‘armée du Rhin, on y avait joué plusieurs de ses pièces ; C’était une relation qui la flattait.
Il part donc s’installer à Cirey pour un long séjour : Un séjour qui va durer quinze ans, avec quelques intermittences, et qui ne s’achèvera que par la mort de la marquise en 1749.
Un séjour qui sera une période de production littéraire intense pour Voltaire : Mérope, Alzire, Mahomet, Mort de César, Le "siècle de Louis XIV" presque en entier. Et surtout c’est pendant ce temps que sera traduite l’œuvre majeure de Newton, les Principes mathématiques de philosophie naturelle, dont on a dit qu’elle était le plus grand pas accompli par la science de tous les temps, par laquelle l’astronomie devient astrophysique, puisqu’on ne se contente plus de décrire les positions des astres et leurs mouvements, mais ou se pose la question de savoir quelles sont les forces qui les font mouvoir.
Et c’est ainsi que Cirey entre dans l’histoire. Dans l’histoire littéraire bien sûr, mais aussi dans l’histoire des idées, et donc dans l’histoire tout court, si on admet que ce sont les idées qui mènent le monde, ce qui n’a peut-être jamais été aussi vrai qu’à cette époque là .
S’il est permis de rappeler en deux mots la situation intellectuelle et culturelle de l’Europe à la fin du règne de Louis XIV et au début du XVIIIème siècle, souvenons-nous que depuis des siècles, l’hégémonie intellectuelle avait toujours été un bien de famille. Depuis des siècles, elle n’était jamais sortie de la trinité : l’Espagne avait eu son siècle d’or (celui des conquistadors), l’Italie l’avait exercée à la Renaissance et la France de Louis XIV venait de recueillir l’héritage, avec une profusion d’œuvres de premier plan, avec lesquelles aucune autre nation ne pouvait rivaliser. Et non pas de ces Å“uvres qu’une nation consacre "chefs dœuvre" pour se consoler, mais vraiment reconnues comme telles par toute l’Europe : Boileau, Molière, Racine, La Fontaine, La Bruyère, Descartes, Pascal, Corneille , Fontenelle, Lesage, Regnard, Bayle.
Et pendant ce temps là , l’Angleterre se trouve dans une situation de dénuement intellectuel le plus complet, on pourrait dire dans les "ténèbres extérieures" de la culture européenne, hormis Shakespeare et Milton, bien sûr, mais nullement reconnue par les européens.

















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