Pendant 6 mois, Voltaire va demeurer seul à Cirey, faisant un seul voyage, à l'armée du Rhin (à Philipsbourg), où le marquis du Châtelet commandait un régiment. Il était "mestre de camp", c'est-à-dire, colonel ou général de brigade. Voltaire va lui prêter de l'argent. Je ne dis pas qu'il achète sa complicité, encore que cela y ressemble un peu.

Il rencontre aussi le duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal, dont il vaut la peine de dire un mot, à titre de rapide parenthèse : Richelieu était né en 1696, il devait mourir en 1788, sans nullement soupçonner l'approche de la Révolution. Il avait été page de Louis XIV. Marié trois fois, la dernière fois à 84 ans, avec une fille très jeune qui, devenue très âgée, pouvait se permettre de dire à Napoleon III "Louis XIV disait à mon mari..." Rapprochement inattendu entre deux règnes si distants par deux vies très longues, mises bout à bout.

Le Duc de Richelieu, protecteur de Voltaire, fut chargé d'entretenir le marquis du Châtelet dans l'insouciance au sujet de ses relations avec Emilie, et de le persuader que leur rencontre était avant tout celle de deux "esprits", ce qui n'était pas tout à fait faux, du moins au début.

Comme ce journal présente volontier des recettes de cuisine, rappelons à ce sujet l'origine de la mayonnaise : le duc de Richelieu avait servi dans les troupes de la république de Gênes et c'est à ce titre qu'il avait débarqué à Minorque et pris Port-Mahon, réputée imprenable. Son cuisinier, se trouvant à cours de recette, en inventa une en ce lieu. Ayant battu de l'huile il s'aperçu qu'elle prenait sous la forme d'une sauce, jusque-là inconnue, que depuis lors on appela la "mahonnaise" devenue la mayonnaise.

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