C’est pourtant dans ce séjour qu’il écrivit quelques-unes de ses œuvres majeures, dont Le siècle de Louis XIV, et ce fut de Cirey que partit une révolution dans l’histoire des idées, qui ne fut pas étrangère à la "Révolution Française" : le déplacement du centre de gravité intellectuel du Midi au Nord, et des nations latines aux nations anglo-saxonnes, tellement caractéristique du "Siècle des Lumières", du fait de la révélation de l’œuvre de Newton, qui fut réalisée par la Marquise du Chatelet et par le philosophe au cours de leurs années de vie à la campagne.

Mais Voltaire, émigré par contrainte aux confins du royaume — Cirey était tout proche de la limite de la Lorraine indépendante, situation intéressante pour lui, toujours en délicatesse avec le pouvoir — semble s’être rapidement acclimaté dans cette solitude. Il ne semble pas avoir longtemps regretté "le monde", car c’est lui aussi qui avait écrit : "La plus grande perte que l’on puisse faire, c’est celle de son temps."

Le grand travailleur intellectuel qu’il fut toujours, avait trouvé dans ce lieu retiré le climat propice à l’activité créatrice intense, qui lui permit d’y produire une si grande partie de son œuvre, et d’y exercer un rayonnement intellectuel, plus étendu qu’il ne le fut dans les autres périodes de sa vie.

Mais Voltaire était aussi attaché à la Champagne par son neveu, l’abbé Mignot "commendataire" de l’abbaye de Sellières, proche de Romilly.

C’est dans le cimetière de cette communauté religieuse qu’il sera d’abord inhumé en 1778, faute de pouvoir l’être dans une nécropole de Paris, parce qu’il avait refusé de rétracter les écrits dirigés, non seulement contre le clergé, mais contre la doctrine religieuse, comme le lui avait demandé le curé de St Sulpice, qui était alors sa paroisse parisienne.

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